Zachary Richard
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mis à jour le 11 décembre, 2007

Le début du 20e siècle fut une période très féconde pour la musique dite française du sud-ouest de la Louisiane.  À partir d’influences diverses, une culture musicale s’est formée.  Il y avait d’abord l’accordéon diatonique, l’instrument de prédilection de la prairie des Attakapas.  Emmené par des immigrants d’héritage allemand, l’accordéon diatonique a connu une vraie période de gloire pendant les premières décennies du nouveau siècle.  Importés en grand quantité d’Allemagne, les « petits noirs » de marque Sterling ou plus tard Monarch, étaient l’instrument de choix de la population générale. 

Bien que les Allemands aient eu une influence importante, n’empêche que par l’introduction de l’accordéon, les bases de la musique créée pendant cette période coulaient de sources variées.  La plupart des habitants étaient francophones, les descendants des Acadiens déportés arrivés en Louisiane à partir de 1765.  Ils ont emmené avec eux une tradition musicale de complaintes et de chansons dont certaines traçaient leurs racines jusqu’en France.  Mais les gens d’héritage acadien (ce qu’on appelait les Cadiens ou « Cajuns ») n’étaient pas les seuls à participer à la création de ce nouveau style musical.

Bien qu’éloigné de la ville de Nouvelle-Orléans, le sud de la Louisiane n’était pas hermétiquement fermé aux influences externes.  À partir de 1884, la voie ferrée traversait la prairie.  C’était un lien important avec le monde de l’extérieur, emmenant des gens et des produits d’un peu partout.  Le phénomène de la colonisation de la prairie louisianaise, quasiment inhabitée avant le 20e siècle, était un vrai melting-pot dans lequel les Anglo-américains avaient une place importante.  Grâce au chemin de fer, la ville de Nouvelle-Orléans était plus accessible qu’elle ne l’avait jamais été.  La Nouvelle-Orléans était une des villes les plus cosmopolites d’Amérique et avec New York un des plus grands ports du nouveau monde.  Inévitablement, les influences de la ville et de sa culture métissée se sont fait sentir sur la prairie.  

En plus, il y avait les noirs.  La prairie des Attakapas était pendant la Guerre de Sécession, un refuge pour toutes sortes de fuyards.  Il y existait une bande de guérillas d’environ mille hommes sous le commandement d’Onézime Carrière, un mulâtre.  L’absence de contrôle politique dans la région attirait les esclaves marons, les blancs en fuite de l’armée sudiste, et les métis noirs qui souhaitaient échapper aux constrictions de la société raciste.  En plus, l’élevage pratiqué par les fermiers blancs (pour la plupart Cadiens), la base de l’économie, était par sa nature plus égalitaire que l’agriculture des plantations.  Il n’y avait pas de grandes plantations sur la prairie, la culture de coton et de canne à sucre étant confinée aux rives des cours d’eau, le Mississippi, et les bayous Teche et Vermilion.  Sur la prairie, l’esclavagisme n’était pas rentable.  Un père et ses fils pouvaient s’occuper d’un troupeau de bêtes à cornes sans aide.  Il n’y avait pas de ségrégation en terme d’habitation.  Son voisin pouvait être aussi bien noir que blanc.  Le fossé entre les races était bien plus facile à traverser que dans la région des grandes plantations.  Les blancs et les noirs vivaient en proximité et ce rapprochement était plus évident dans le domaine de la musique. 

Il y avait dans la communauté cadienne une longue tradition de soirées, ce qu’on appelait les bals de maison.  Ces fêtes communautaires offraient la possibilité de divertissement dans une vie autrement définie par le dur labeur de la ferme.  Ils étaient des occasions importantes de rencontre entre voisins et parents.  C’était lors de ces bals de maisons que cette nouvelle tradition musicale s’est développée.  Un habitant décidait de donner un bal. Une invitation était lancée dans la communauté.  Cette invitation pouvait se faire de plusieurs façons dont la plus exotique était par cavalier.  Un homme à cheval allait de ferme en ferme.  Restant sur le chemin, il tirait de son pistolet pour attirer l’attention.  Ensuite, il agitait un drapeau de couleur.  À la fin de sa tournée, le drapeau était attaché devant la maison dans laquelle on allait tenir le bal.  Peu importe la méthode d’invitation, les bals de maison étaient un phénomène très important dans la société cadienne du 19e et du début du 20e siècle.  Il va de soit que ce phénomène a créé un groupe de musiciens expérimentés.  Peu ou pas de ces musiciens pouvaient survivre uniquement en faisant de la musique, mais il existait beaucoup d’habitants qui pouvaient jouer de la musique et c’est  eux qu’on appelait pour animer les bals.  Ils étaient les pionniers d’un nouveau style, créant une nouvelle musique à partir de plusieurs influences. 

L’accordéon n’existait pas quand les Acadiens déportés sont arrivés en Louisiane.  Bien que la plupart des musiciens étaient d’héritage acadien, les chansons qu’ils composaient étaient forcément autre chose que le répertoire traditionnel.  L’accordéon par sa nature, diatonique à dix boutons, imposait une nouvelle approche à la musique.  Les mélodies des airs anglo-américains, irlandais, amérindiens et africains faisaient également partie du paysage musical.  En plus, l’héritage africain était ubiquitaire et s’est manifesté dans les chansons par le biais du rythme.  

Avant 1928, l’évolution du style est impossible à suivre avec précision.  À partir de cette date, cependant, on peut voir l’évolution clairement. Les enregistrements nous laissent une trace lumineuse.  La première chanson enregistrée sur 78 tours était « Allons à Lafayette » par Joseph Falcon.  Sur l’autre face, «  La valse qui m’a emmené à ma fosse. »  La distribution des 78 tours à partir de la fin des années 20 avait deux conséquences importantes.  D’abord, bien que les tourne-disques étaient choses rares, les 78 tours ont permis à la musique de pénétrer partout dans le sud de la Louisiane.  Le résultat était la création d’un répertoire général.  L’autre influence de la distribution des 78 tours était un appui très important aux musiciens qui pouvaient non simplement apprendre les chansons des autres, mais aussi, éventuellement enregistrer les leurs.   Et ce phénomène ne se produisait pas uniquement chez les musiciens blancs. 

L’arrivée des 78 tours était un évènement primordial dans la création du style, mais curieusement elle annonçait un recul de la popularité de l’accordéon.  De plus en plus la culture américaine pénétrait dans la prairie.  Le pétrole à été découvert en Louisiane à Jennings en 1901 donnant suite à une invasion d’Américains.  Influencée par la culture anglo-américaine, la culture musicale cadienne a assimilé plusieurs éléments typiquement américains.  Pendant une période assez longue, les goûts musicaux des Cadiens allaient vers les « String bands », ces orchestres « hill-billy » ou « country » caractérisés par leurs harmonies vocales et les instruments à cordes.  L’accordéon n’avait plus de place dans les orchestres.  Nathan Abshire, un des plus grands accordéonistes de tous les temps, me racontait que pendant 10 ans, il était obligé de jouer du violon car personne ne voulait entendre la musique à l’accordéon.  C’était la période de gloire des Hackberry Ramblers, de Happy Fats LeBlanc et Alex Broussard, chantant dans un style proche du bluegrass, mais en français.

En février : la suite.  Ira Lejeune et l’âge d’or des « Fais Do-Do ».


mis à jour le 7 novembre, 2007

La musique dite « française » de la Louisiane, connue vulgairement comme les styles « Cajun » et « Zydeco » a connu un essor de popularité mondiale dans les années 1980.  Depuis ce moment, la « Cajun music » et le « Zydeco » ont des légions d’adeptes à travers le monde. Malgré la reconnaissance de ces styles de musique traditionnelle, il y a un manque général de connaissance historique en ce qui concerne la création de la musique de danse de la communauté francophone de la Louisiane.  Voici un bref récit.

D’abord l’étymologie. Le mot « Cajun » est l’anglicisation du nom français du groupe ethnique francophone de la Louisiane dit Cadien (dont je fais partie).  Nous sommes les descendants d’Acadiens arrivés en Louisiane suite au Grand Dérangement.  Beaucoup d’Acadiens (environ le tiers de la population) étaient déportés vers les colonies britanniques d’Amérique du Nord.  Après maints périples, certains se sont rendus en Louisiane.  (Il n’y a eu aucun Acadien déporté directement en Louisiane.  Les autorités britanniques ne souhaitaient GUÈRE renforcer une colonie française.  La déportation était conçue dans le dessein d’éliminer une population d’allégeance douteuse et de l’anéantir comme peuple). Sur cette racine acadienne se sont greffées de nombreuses ethnies au courant du 19e siècle : Allemande, Irlandaise, Espagnole, et même Anglo-américaine, pour faire le peuple dit « Cajun » ou Cadien.  Le mot est prononcé « Cadjin ».  Le pays de mes ancêtres (actuellement la Nova Scotia) était appelé Cadie aussi bien qu’Acadie au 16e siècle. Henri IV l’écrivait Cadie.  Le mot apparaît sur les premières cartes italiennes écrit des deux façons.  On ne sait pas son origine.  On pense que c’est en référence à l’Arcadie de la Grèce antique.  Ou bien dérivé du mot Mi’kmaq « algatiq » qui veut dire « lieu de campement » ou bien du l’Abénaki « quoddy » qui veut dire « terre fertile ».  Peu importe, le peuple s’appelait « Cadien ».  Avec la création des institutions acadiennes du Nouveau-Brunswick (drapeau acadien, hymne national, etc.) à la fin du 19e siècle, les Acadiens du nord (provinces maritimes du Canada), par le biais de l’élite ecclésiastique, ont opté définitivement pour le mot Acadien. Nous, en Louisiane, avons gardé le terme qui existait avant la dispersion.  Nous continuons de nous appeler Cadien.  Les Anglo-américains nous ont baptisés Cajun, ce qui se prononce en anglais « Ké Djun » et non pas « Ka jun ».  « Zydeco » est également l’anglicisation d’un mot français.  Une des phrases les plus courantes dans le lexique louisianais est « les haricots sont pas salés » ce qui signifie la pauvreté.  Si nos haricots ne sont pas salés, c’est parce que l’on n’a pas assez d’argent pour acheter de la viande salée.   Comme cette phrase apparaît très souvent dans le texte des chansons des Créoles noirs, les Américains ont fini par baptiser le style « Zydeco », ce qui est prononcé « Za ri ko » à l’Anglaise et non pas « Zi dé ko » comme on a tendance à le prononcer en France. Voilà pour l’étymologie.  Et maintenant l’histoire.

On fait souvent l’erreur de penser que la musique cadienne est dérivée d’une racine liée directement au Poitou.  C’est vrai que les Cadiens sont d’héritage français et parlent la langue française, mais il est important de comprendre que la culture qui a créé la musique « Cajun » et « Zydeco » était et reste absolument une culture du nouveau monde et plus particulièrement de la Louisiane.  Les influences qu’elle a absorbées sont multiples et le contexte culturel en question est un exemple classique du melting-pot où plusieurs groupes ethniques se sont rencontrés pour créer quelque chose de forcément nouveau. 

Le pays était jusqu’au début du 20e siècle un pays sauvage.  L’appellation vient du nom d’une tribu d’amérindien disparue, les Attakapas, réputés pour leur férocité et leur cannibalisme.  Pendant l’ère coloniale, cette région se trouvait entre les zones espagnoles et françaises et a échappé au contrôle de la Nouvelle-Orléans aussi bien que de Santa Fe. La prairie des Attakapas est une des dernières régions de la Louisiane à être peuplée.  Pendant la Guerre de Sécession, cette zone était une espèce de no man’s land, refuge de bandits et fuyards pourchassés par l’Armée Confédérée (sudiste) en manque de soldats.  Il y avait une bande de guérillos, voire de bandits, de plus de mille hommes à son plus fort, sous le commandement de Onézime Carrière qui opérait dans cette région où aucune autorité politique n’existait avant le début du 20e siècle.  Cette tradition d’indépendance et d’isolement continue à nourrir l’identité des Cadiens et Créoles noirs de la prairie.

Les premiers habitants européens de la prairie des Attakapas étaient les Cadiens.  La colonie cadienne de la Louisiane a débuté sur les rives du Bayou Teche à deux postes de traite : les Opelousas (actuellement Opelousas) et les Attakapas (actuellement Saint Martinville).  Les familles se sont installées sur les terres qui longeaient les bayous.  Quand il manquait de terre pour l’établissement de nouvelles habitations, les nouvelles générations déménageaient vers l’Ouest et s’installaient sur les rives du prochain cours d’eau (bayou).  La prairie est une zone adaptée à l’élevage.  Les premiers habitants ont trouvé une vaste prairie, d’herbe haute (2 mètres), encore  fréquentée par les bisons.

En 1765, un contrat était signé entre un propriétaire terrestre, Antoine Bernard Dauterive, et 8 Acadiens dont Joseph Broussard, dit Beausoleil.  Dauterive était un ancien officier de l’armée française qui se trouvait au Fort Dauphin (Mobile Baie, actuellement en Alabama) lors du traité de Paris (1763).  Selon ce traité, le territoire français à l’est du Mississippi était cédé aux Anglais.  Beaucoup de soldats français du fort Dauphin ont décidé de partir vers l’Ouest plutôt que de retourner en Europe.  Ils ont été les premiers à obtenir des dons de terre de la part du nouveau gouvernement espagnol de Louisiane.  L’un d’entre eux, Dautrerive, en quête de main-d’oeuvre, a signé un contrat avec les exilés acadiens récemment arrivés à la Nouvelle-Orléans.  Les Acadiens devaient veiller sur ses troupeaux de bêtes à corne.  En échange, ils recevraient la moitié des nouveaux veaux.  Néanmoins, la prairie est restée presque vide d’habitations pendant presque 150 ans.

C’est à la fin du 19e siècle que la région des prairies à l’ouest de la ville actuelle de Lafayette s’est développée.  Plusieurs villages ont été fondés grâce à la construction de la voie ferrée en 1884.  Avec la culture du riz, commencée vers le début du 20e siècle, d’autres villages ont été fondés.  Les compagnies de développement immobilier (land companies) avaient une politique de recrutement assez agressive.  Une des communautés souches était celle des Allemands du mid-west américain.  L’accordéon diatonique, voué à devenir l’instrument de prédilection des orchestres du Sud-ouest de la Louisiane, était très populaire parmi les Américains d’héritage allemand.  On ne sait pas si c’est eux qui ont emmené le premier accordéon sur la prairie, mais il est certain qu’ils ont contribué d’une façon fondamentale à la création du style par le biais de l’instrument. On importait les accordéons diatoniques à dix boutons en grands nombres de l’Allemagne.  Dans les bourgs isolés de la prairie des Attakapas au début du 20e siècle, l’accordéon offrait la possibilité de faire de la musique malgré l’isolement et les conditions relativement primitives. Popularisé par les immigrants d’héritage allemand, il est rapidement devenu l’instrument de choix de toute la communauté.

Bien que devenue le bastion de la culture cadienne, la prairie des Attakapas, lors de la fondation de ces premiers villages, n’était pas particulièrement francophone.  Comme indiquent les noms de beaucoup de villages : Scott, Crowley, Jennings, Kaplan, Iowa, la présence anglo-américaine était importante, voire primordiale.  Cependant, le nombre de francophones d’héritage cadien a fini par imposé la langue française comme lingua-franca, au moins jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale.  Les conditions culturelles de la prairie louisianaise sont, comme déjà indiqué, un exemple classique de melting-pot.  De ce mélange de cultures et d’ethnies a surgi la musique cadienne et le zydeco (prononcé zariko).  On a commencé à enregistrer la « musique française » en 1928 (Joe Falcon :  Allons à Lafayette), une commercialisation gérée par les maisons de disques américaines dans un effort d’exploiter la popularité des musiques régionales.  La fabrication des 78 tours a contribué à la diffusion et à l’homogénéisation du style.

Ce n’est qu’à partir du début du 20e siècle que la cadienne-créole a commencé sa trajectoire.  Elle était forgée dans le creuset de la frontière louisianaise, un alliage de plusieurs influences qui se sont rejointes dans un contexte absolument unique pour créer quelque chose d’absolument original.

Le mois prochain, l’histoire de développement de la musique de danse dite Française en Louisiane au début du 20e siècle, et le développement de la Cajun music et du  Zydeco.


mis à jour le 3 octobre, 2007

Mon petit-fils, Émile, fêtera ses huit ans ce mois d’octobre et ce rapport lui est dédié en guise de remerciement pour tout le bonheur qu’il nous apporte.  Émile est un enfant charmant, charmeur, voire coquin.  Son esprit vif et son sens d’humour sont comme un soleil d’hiver qui chasse la grisaille.  Émile est un enfant exceptionnel, chose que tous les grands-parents disent de leurs petits-enfants.  Mais dans le cas d’Émile, c’est d’autant plus vrai car la vie s’est présentée à lui avec un défi supplémentaire. Émile est handicapé moteur.  Il est tout à fait intelligent, mais les muscles de son corps ne reçoivent pas facilement les signaux de son cerveau. Il s’exprime lentement, ne court pas vite et a pris un retard considérable sur les enfants de son âge.  Comme il dit lui-même, « je suis handicapé mais pas  un petit peu seulement ».

Il est très difficile pour les parents d’un enfant handicapé d’accepter cette réalité.  Il y a beaucoup de questions désagréables qui surgissent.  « Pour quoi nous » étant la première.  Les responsabilités des parents déjà immenses avec des enfants dit « normaux » sont multipliées.  On est obligé de naviguer dans un labyrinthe de soins et de possibilités de soins sans beaucoup d’aide.  La société nous prépare peu pour ce genre d’aventure. Ce n’est jamais facile et souvent décourageant.  Dans le cas d’Émile, ses parents ont eu la grande chance de lui trouver une école absolument magnifique. 

L’année passée j’ai eu le plaisir de la visiter.  J’appréhendais cette visite car j’imaginais une espèce de Cour des Miracles remplie de chagrin.  J’avais promis de chanter pour les enfants et pour l’occasion ils avaient appris une de mes chansons.
J’ai été absolument bouleversé par l’expérience.  J’ai trouvé des enfants, dont beaucoup sont en fauteuil roulant, avec des corps raidis par la douleur, mais avec des coeurs pleins de joie.  Ce sont des enfants complètement normaux (whatever that means) avec des fous rires et des yeux pétillants et avec beaucoup d’amour à donner.  J’ai chanté devant des milliers de personnes, mais je n’ai jamais eu autant de plaisir à chanter dans ma vie qu’avec ses enfants. 
        
Au premier regard, l’école est intimidante pour le visiteur.  Il y a abondance de chaises roulantes et l’espace est adapté aux challenges des enfants.  Une des choses qui m’a frappé : les dessins et les peintures accrochés au mur.  On se dirait dans une galerie d’art contemporain.  En fait nous y sommes.  Il y avait une artiste en particulier qui me touchait.  Une de ses peintures montrait une fille avec trois jambes sautant à la corde.  L’artiste en question est une jeune fille qui s’appelle Mélanie.  En fait, la peinture est un autoportrait.  Avec un détail saillant : Mélanie ne peut pas marcher. 

L’école d’Émile est gérée par l’Association Notre Dame. Elle a pour vocation de prendre en compte les difficultés d’apprentissage des enfants ayant des problèmes neurologiques et de leur donner une pédagogie adaptée.  L’histoire de l’établissement est assez intéressante. L’Association Notre-Dame est la continuatrice de l’Œuvre Notre Dame des Sept Douleurs créée en 1853 par le Chanoine Moret, premier vicaire de l’église Saint-Philippe du Roule et dont la Princesse Mathilde, cousine de Napoléon III, assurera la présidence pendant près de 50 ans, de 1855 à sa mort en 1904. C’est elle qui permit, par son aide morale et financière, le développement de l’œuvre et notamment la création en 1868 de l’établissement de Neuilly connu sous le nom d’asile Mathilde, tenu par les Filles de la Charité pendant plus d'un Siècle. Entre 1968 et 1971, l’Association, prenant conscience de l’ampleur des possibilités nouvelles en matière de rééducation, construit un centre entièrement nouveau pouvant accueillir environ 100 enfants de 3 à 16 ans en remplacement du vieil hospice.  C’est l’école d’Émile

Il y a une longue liste d’attente pour rentrer à l’école et il faut passer par un processus de sélection.  Il y a actuellement 94 enfants.  Ils sont parmi les seuls en France à recevoir un soutien pédagogique convenable. Leur enseignement comprend non simplement les sujets traditionnels, mais il y a en plus une thérapie physique adaptée pour chaque enfant. Les coûts en matériel sont énormes.  Les ordinateurs, les fauteuils roulants ainsi que d’autres machines spéciales sont très dispendieux.  Les enfants de cette école sont des plus chanceux. Des centaines, voire des milliers d'enfants handicapés en France ne sont pas scolarisés, faute d'endroits adaptés.  Sans parler des États-Unis. 

Durant la journée que j’ai passée avec Émile et ses amis, plusieurs choses m’ont touché.  Parmi les enfants se trouvait un monsieur, lui aussi handicapé en chaise roulante.  Pendant que je chantais, il se tenait avec les enfants, chantant avec eux.  J’ai remarqué un sourire sur son visage qui passait d’une oreille  à l’autre.  Et des larmes.  Après le spectacle, il s’est présenté, Didier Maître.  C’est un homme de mon âge, bien connu de l’école.  Il est handicapé, mais arrive à vivre normalement.  J’ai appris que sa femme est handicapée et qu’ils ont plusieurs enfants, handicapés aussi (Il est le père de l’artiste Mélanie).  Il m’a remercié chaleureusement en m’expliquant que c’était difficile pour lui d’assister aux spectacles.  Il disait que la radio était son seul moyen d’entendre de la musique.  Pour lui de voir un chanteur en personne était un grand évènement. 

La journée était pour Claude et moi inoubliable.  Les sourires des enfants et la joie que je voyais dans leurs yeux valent plus que toute la reconnaissance du monde.  J’ai été accueilli de la façon la plus sincère.  Mais en partant, il  s’est passé quelque chose d’attristant.  Le meilleur ami d’Émile s’appelle Glody.  Il est africain et pensionnaire de l’école. Il y a une quarantaine de pensionnaires à l’école, dont Glody.   Sa famille est désemparée.  Beaucoup d’enfants de l’école sont de famille d’immigrés.  En plus des problèmes associés aux handicaps, les parents sont obligés de faire face à une situation dont ils ne sont aucunement préparés. Plusieurs mêmes ne parlent pas le français. 

Quand nous sommes partis, on a dit au revoir à Glody qui restait derrière comme tous les jours. Mais même en sachant que Glody est bien entouré, je trouvais ça bouleversant de le voir sur le seuil de la porte pendant que son ami Emile partait pour rentrer chez lui.

Ces deux personnes, Glody et M. Maître symbolisent pour moi la situation des handicapés.  Est-ce qu’on leur fera une place dans notre société comme a réussi à trouver M. Maître, ou est-ce qu’on va les laisser derrière et hors de notre vue, balayés comme autant de poussière en dessous du tapis?  Pour ma part je n’oublierai jamais ma visite à L’École Spécialisée Notre Dame et je vais y retourner avec grand plaisir.  

Voir quelques photos de la visite.

http://www.association-notre-dame.org/Centre_ecole.htm
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Communiquer au

andneuilly@association-notre-dame.org
Association Notre Dame
42-46, avenue du Roule
92200 Neuilly sur Seine,
France
Téléphone : 01.41.92.07.70
Fax : 01.41.92.07.71


mis à jour le 29 aoüt, 2007

Deux ans après la catastrophe de l’ouragan Katrina, l’ambiance dans la ville de Nouvelle-Orléans est à la résignation.  Depuis septembre 2005, la ville a perdu au moins le tiers de sa population.  Dans la Paroisse de St. Bernard à l’Est de la ville, seulement 2 de ses 26 garderies sont rouvertes.  Dans le 9th Ward (9e district) les digues ont été renforcées, mais la plupart des maisons restent abandonnées, leurs jardins envahis par la jungle.  Deux ans après le sinistre, la ville lutte encore pour se rétablir.
        
Il y a, cependant, des signes de retour.  Dans la rue Downman dans le 9th Ward, la quincaillerie Ace Hardware est un essaim d’activité.  C’est le seul bâtiment dans la rue où l’on trouve de la vie.  Les autres maisons ont l’air abandonné, les graffitis  des sauveteurs encore sur les murs (ce sont des croix peintes en orange avec la date, les initiales du sauveteur ainsi que le nombre de morts, s’il y a lieu, humains et animaux).  Les gens à l’intérieur ont l’air sérieux, passant en silence, les sourcils froncés.  On n’entend pas cette repartie que j’associe aux quincailleries, ces plaisanteries et fous rires qui caractérisent les rencontres d’ouvriers.  Non, les gens sont sérieux. À quelques kilomètres, sur les Champs Elysée (Elysian Fields) le magasin Lowe’s est dix fois plus grand et dix fois plus encombré.  Chaque matin, des centaines de Chicanos attendent sur le trottoir, espérant trouver du travail, un phénomène qui n’existait point avant l’ouragan.   À midi, il y en a encore beaucoup qui attendent.  Quelques-uns boivent de la bière.  Tous ont le regard vide. C’est l’expression la plus courante en ville : le regard vide.  On le trouve dans le Vieux Carré, dans les quincailleries, dans la rue, et même dans les restaurants et les clubs.  C’est le regard de gens qui ne savent plus quoi faire. Le regard de la résignation.
        
Les statistiques soutiennent l’idée d’une renaissance.  Gentilly est un des voisinages le plus frappé par l’inondation.  La population est surtout blanche et de classe moyenne.  Un sondage effectué de porte-à-porte par Darmouth College révèle que 31% des maisons sont rénovées.  57% sont éventrées ou déjà en reconstruction.  Ce qui veut dire qu’il n’y a que 12% des maisons qui sont abandonnées.  Une amélioration considérable depuis un an quand le quartier était complètement vide.  Mais la reconstruction est très inégale.  Il y des quartiers, comme Gentilly, qui ont l’air de se reconstruire.  Il y en a d’autres, comme le nord du 9e, qui restent complètement vides.  En plus, une maison rénovée n’est pas forcément une maison habitée. 
        
Même dans Gentilly, où 88% des maisons sont soit rénovées soit en reconstruction, on estime que la population n’est qu’à 37% de son niveau avant Katrina. Même chiffre pour Broadmoor et Lakeview.  Dans les zones les plus touchées par l’inondation, moins que le tiers des gens est revenu. 
        
Plusieurs rues du centre d’affaires (Central Business District) restent vides.  Le complexe d’hôpitaux au centre ville est moribond.   L’hôpital Charity, le bijou de la couronne du système de santé de l’État, est prisonnier d’une lutte politique entre la ville de Nouvelle-Orléans et le Nord de la Louisiane.  Les politiciens de cette région essayent de faire déménager l’hôpital plus près de chez eux.  Le port de Nouvelle-Orléans, longtemps la fondation de l’économie locale, est délabré.  Le taux de meurtre dans la ville, qui est le plus élevé aux États-Unis, reste un problème terrifiant.  Le système d’éducation se rétablit difficilement.  De quoi s’inquiéter.  Un sondage publié par l’Université de Nouvelle-Orléans (University of New Orleans) a découvert qu’un tiers des résidents espère quitter la ville d’ici quelques années.  Même s’ils ne le font pas, ce chiffre indique à quel point une ambiance déprimante règne dans la ville 
        
Du côté de la mairie, la politique est dérisoire.  Le bon sens aurait voulu que les zones les plus sinistrées soient abandonnées définitivement.  La question n’est pas s’il y aura un nouveau Katrina, mais quand.  Bien que difficile, une expropriation des quartiers les plus à risque aurait au moins permis la possibilité d’éviter le pire.  Mais la situation actuelle est prisonnière d’une politique qui sert les intérêts spéciaux.  Ce qui dit politique en Louisiane dit corruption.  La science et le bon sens sont laissés de côté dans la reconstruction de la ville, tel les habitants naufragés sur leurs toits lors du sinsitre.

L’État de Louisiane a fermé son programme d’assistance « Road Home », sensé venir en aide aux propriétaires résidentiels.   Ayant reçu 7.5 milliards de dollars du gouvernement américain, les coffres sont vides.  Seulement une application sur cinq a reçu de l’assistance ($150,000 par maison). L’argent est allé où?  Bonne question.

Si la politique fédérale est caractérisée par l’indifférence et la politique de l’État de la Louisiane s’est révélée incompétente, la politique locale est inefficace et sans vision.  Le maire Nagin (réélu malgré une performance désastreuse lors du sinistre) a dévoilé un projet de reconstruction de plus d’un milliard de dollars.   Pour l’instant on ne trouve pas de financement.  Nagin passe son temps à se chicaner avec les fonctionnaires chargés d’administrer le projet.  Il faudra d’abord trouver l’argent.  Mais à long terme, tous les plans de reconstruction ne servent à rien si les investisseurs, les assureurs et les habitants eux-mêmes n’ont pas confiance que le Corps de Génie de l’Armée (US Army Corps of Engineers) pourra protéger la ville d’un ouragan futur.
        
Il y avait un film d’horreur dans les années 1960, The Blob.  C’était une espèce de gros « jello » rouge, comme un chewing gum à cinq étages, qui avançait on ne savait pas comment, avalant tout sur son chemin.  Le Blob dans l’histoire de la Nouvelle-Orléans est le US Corps of Engineers.  Sans tête ni queue, c’est un organisme figé dans le protocole, et géré par des ingénieurs civils aux idées rigides.   Suite à Katrina, le directeur du Corps de Génie a donné sa démission en admettant que son organisme était responsable d’un « échec catastrophique ».   Le Corps d’aujourd’hui  se proclame « new and improved »  et admet la nécessité de restaurer les marais (qui disparaissent au taux d’un terrain de football toutes les demi-heures), ainsi que les îles barrières (barrier islands). « Nous ne sommes plus l’ancien Corps » proclame Karen Durham-Aguilera, directrice du Task Force Hope de l’agence.  Malgré les assurances du contraire, le Corps de Génie de l’Armée Américaine reste fidèle à ses vieilles (et mauvaises) habitudes. 

Bien que le Corps soutienne la restauration du littoral, les 7 millions de dollars dépensés depuis Katrina ont étaient tous dépensés dans des projets de génie traditionnel.  Et pire encore, le Corps propose la construction d’une gigantesque digue le long du littoral, une espèce de Ligne Maginot du marais.  On n’a qu’à remonter en septembre 2005, pour voir les effets d’un ouragan modeste (Katrina n’était que de force 2 quand il a touché la Nouvelle-Orléans) sur une zone de marais asséchée (Lakeview, Gentilly, le 9e) protégé par une digue insuffisante.   Le Congrès américain  est sur le point de financer la phase initiale de ce projet, une digue de 116 kilomètres (72 miles) au prix de $900 millions.  Selon G. Edward Dickey, un ancien chef de planning du Corps, la mentalité du Corps n’a pas changé..   La seule différence c’est que maintenant les digues seront plus grandes.  Personne ne semble être concerné du fait que c’est cette mentalité qui a crée une bonne partie des problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui. On tente de contrôler Mère Nature, mais c’est elle qui aura le dernier mot.

Le fond du problème est que les efforts de reconstruction et de  protection contre l’inondation sont tributaires d’un procès politique.  Le patron du Corps de Génie est le Congrès américain, c’est-à-dire les politiciens, ce qui en Louisiane veut dire les amis des développeurs immobiliers et des compagnies de pétrole.  L’inondation de la ville de Nouvelle-Orléans a été facilité sinon causé par le  MR. GO (Mississippi River Gulf Outlet), un canal creusé pour permettre aux gros navires de rentrer dans le Golfe du Mexique sans passer par le fleuve.  Ce canal a servi d’entonnoir, emmenant le raz-de-marée au coeur de la ville.  Ce canal, construit en 1965 par le déplacement d’une quantité de terre supérieure à celle qui a été déplacée lors de la construction du canal de Panama, a surtout servi à emmener quantité d’eau salée dans les marais détruisant de ce fait environ 259 kilomètres carrés (100 miles carrés) de marais.  Ces marais auraient servi de protection naturelle contre un ouragan comme Katrina.  La catastrophe est directement liée aux projets du Corps de Génie. On se demande pourquoi le MR. GO n’est pas fermé étant donné que la communauté scientifique ainsi que les résidents concernés demandent sa fermeture?  La rumeur en ville dit que c’est dû au fait qu’en fermant le canal, le Corps admet effectivement sa responsabilité dans la catastrophe.  Ce qui ouvra la porte aux poursuites judiciaires.  Un cauchemar pour le gouvernement.  Aucun des représentants louisianais à la législature américaine demande la fermeture du canal.  Pourquoi?  Parce qu’ils ne veulent pas fâcher les directeurs du Corps.  Il ne faudra pas compromettre leurs chances à obtenir un projet pour leur district à l’avenir.  Les politiciens  sont prêts à permettre le Corps de Génie de jouer au Dr. Frankenstein avec le littoral pour ne pas compromettre leurs chances d’obtenir de la manne éventuelle.   Même un politicien apparemment responsable comme le représentant Charlie Melançon (Congressman) défend le projet.  Pourquoi?  Parce que la construction de la digue est très bien vue dans son district, et de s’y opposer lui coûtera la prochaine élection.

Le projet de protection de la Nouvelle-Orléans était en retard de 37 ans (trente-sept ans) quand Katrina est arrivé.  Pourquoi?  Parce que la protection de la ville a été compromise par le financement d’une multitude de projets quémandés auprès du Corps de Génie par les politiciens louisianais. Chacun veut son quai amélioré ou son canal creusé.  Les priorités sont déterminées par l’influence politique plutôt que par les intérêts longs termes de la communauté.  On a même empêché la réalisation d’un projet de pompes le long du Lac Pontchartrain, ce qui aurait modéré sinon évité la catastrophe de Katrina.  Pourquoi?  Parce que d’autres projets étaient plus soutenus politiquement.  C’est une recette pour la catastrophe, et il semble que nous n’avons rien appris depuis 2005. 

Malheureusement Katrina n’a rien changé.  Après l’ouragan, dans effort de profiter de la sympathie des Américains, les deux Sénateurs louisianais, Mary Landrieu et David Vitter, ont proposé un projet de loi écrit par les lobbyistes des compagnies de pétrole.  Le projet contenait $40 milliard au Corps de Génie pour des projets en Louisiane, 10 fois le budget national de l’agence.  On proposait un pot-pourri de projets dont la plupart n’avaiten rien à voir avec la reconstruction de la ville de Nouvelle-Orléans.  Ce projet de loi a été retiré quand on s’est aperçu que ce n’était qu’une manipulation de la situation par et pour des intérêts spéciaux.  Honte.  Mais voilà le fond du problème.  Tant que les décisions qui concernent la survie du Sud de la Louisiane seront réglées par la politique et les politiciens, nous nagerons dans des eaux troubles infestées par un alligator qui s’appelle « réchauffement de la planète » et un grand serpent qui s’appelle « perte du littoral » . 

Katrina et sa méchante petite soeur Rita ont effacé 562 kilomètres carrés (217 miles carrés) du littoral en deux semaines, foutant la pagaille dans la vie de tous les gens de la région.  Deux ans plus tard nous sommes confrontés à un dilemme qui dans mon cas se résume par le choix de partir ou de rester.  Partir ne me convient pas.  Ce petit territoire, refuge de pirates et d’aventuriers fondé par cette illustre famille canadienne, les LeMoyne de Longeuil (Iberville, Bienville, Chateauguay) est le terrain des joies et des souffrances de ma famille (moins illustre)depuis plus de 250 ans.  Il y a dans ce pays et dans sa ville  un charme tellement séduisant que la plupart de ses citoyens sont prêts à défier la corruption de ses politiciens et les cris d’alarme des scientifiques pour y rester.  La musique, la cuisine et les gens sont uniques au monde, et comme le capitaine du Titanique, beaucoup d’entre nous préfèrent rester à bord quoi qu’il arrive.  Mais quand il s’agit de nos enfants, la balance commence à pencher nettement de l’autre bord.  Quelle sera la Louisiane que connaîtront nos enfants?  Quelle sera la vie d’ici  dans 50 ans, dans 100 ans, quand des douzaines de tempêtes comme Katrina auront joué leur tour?   Quand l’inondation arrive, elle ne fait pas la distinction entre riches et pauvres, pêcheurs et saints, blancs et noirs. 
    
http://blog.nola.com/graphics/2007/08/recoverybythenumbers.pdf
http://blog.nola.com/updates/2007/08/keeping_up_is_costing_more.html
http://blog.nola.com/updates/2007/08/progress_and_pain.html

mis à jour le 1er aoüt, 2007

Selon Antonine Maillet, un Acadien est un descendant d’un habitant de l’ancienne Acadie, c’est à dire quelqu’un qui habitait l’Acadie avant 1755.  J’ajouterais qu’un Acadien est quelqu’un qui considère qui est Acadien tout simplement.  Il n’y a pas d’examen de citoyenneté, pas de passeport, aucun signe officiel d’appartenance.  Alors qu’est-ce que ça veut dire être Acadien de nos jours, 250 ans après le Grand Dérangement?

La Déportation des Acadiens a détruit cette colonie française, isolée au fond de la Baie Française (Fundy) et a dispersé sa population aux quatre vents.  Il y avait essentiellement deux voies d’exil :être transporté de force dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord, ou, pour ceux et celles qui ont pu échapper, mener une vie précaire, caché dans le bois de ce qui est actuellement le Nouveau-Brunswick.  De ces deux branches d’exil ont surgi maintes brindilles.  Rendu à 1763,à la fin de la Guerre de Sept Ans, il y avait des Acadiens éparpillés tout autour du bassin atlantique, dans les colonies britanniques, emprisonnés en Angleterre,  perchés dans les ports de l’ouest de la France, ainsi que dans le bois de la Nouvelle-Écosse.  Il existe une carte qui a été créée pour commémorer les pérégrinations des Acadiens suite à la Déportation.   L’océan atlantique est noir des traces de leurs périples. 

Après le traité de Paris en 1763, les Acadiens, d’une façon générale, ont trouvé plus de liberté.  Pendant toute la guerre, ils n’ont jamais cessé d’essayer de réunir leurs familles, or avec la fin des hostilités entre la France et l’Angleterre, ils avaient, enfin, la possibilité d’y arriver.  Ceux qui se trouvaient au Massachusetts ont commencé à marcher le chemin du retour vers l’Acadie.  Ceux qui se trouvaient dans les colonies plus au sud, la Georgie et les Carolines, avaient effectivement disparu.  Les exilés qui se trouvaient dans les colonies de Pennsylvanie et de Maryland ont descendu vers la Louisiane.  Ils avaient entendu dire que des Acadiens avaient réussi à s’y rendre, et ils espéraient les rejoindre.

Les premiers Acadiens qui sont arrivés à la Nouvelle-Orléans sont partis d’Halifax en novembre 1763.  Ils sont arrivés à l’embouchure du Mississippi en février de l’année suivante.  Leur chef était Joseph Broussard dit Beausoleil.  C’était un des résistants qui menaient une guérilla armée contre les Britanniques.  En novembre 1760, coupé de tout soutien du Québec, sa famille menacée par la famine, il s’est rendu.  Son groupe de quelques centaines d’Acadiens a été forcé de maintenir les aboiteaux, les digues, construits par les Acadiens mais maintenant entre les mains des Anglais.  Ces Acadiens étaient insolents et indisciplinés du point de vue des Britanniques.  Craignant une révolte, le gouverneur de la Nouvelle-Écosse les a déporté vers le Massachusetts en 1762.  Mais le gouverneur à Boston n’en voulait pas non plus, et ils ont été renvoyés à Halifax où ils ont passé le restant de la guerre emprisonnés.

Selon le traité de Paris qui a mis fin à la Guerre de Sept Ans, les Acadiens avaient le droit de se re-établir en Nouvelle-Écosse sous condition de prêter serment à la couronne britannique.  Mais les Acadiens de Beausoleil ne voulaient rien savoir.  Ils ont économisé suffisamment pour louer un navire qui allait les emmener en Louisiane.  À bord était le cousin germain de Beausoleil, Pierre Richard, sa femme Marguérite Dugas et leurs trois fils, Fabien, Louis et Pierre qui était encore bébé.  Cet enfant, Pierre à Pierre à Alexandre à Martin à Michel Richard est mon ancêtre directe.  

À bord était aussi mon ancêtre du côté de ma mère, Olivier Boudrot, accompagné de son fils, Simon.  Sa femme, Marie Dupuis est morte pendant l’exil.  Oliver, dit Belhomme, a été capturé lors de la bataille de la Restigouche en 1760 et transporté à Halifax.  Nous ne savons pas ce qui est arrivé à sa femme ni à ses deux frères.   Les trois avaient marché du Petitcodiac avec leurs familles lors du Dérangement, marchant le long de la côte.  Il est fort possible qu’ils se trouvassent au Camp de l’Espérance sur les rives de la Miramichi pendant l’infâme hiver de 1756.  En ce lieu se trouvaient plusieurs milliers d’Acadiens regroupés dans des conditions extrêmement pénibles.  Beaucoup d’entre eux sont morts.  Il est estimé que dans l’année qui a suivi la Déportation autant que 50% de la population acadienne est morte de faim et de maladie.

C’est la puissance de cette histoire qui inspire les descendants des Acadiens à préserver le souvenir du Grand Dérangement.  18.000 personnes ont été arrachés de leurs terres et jetés au vent.   Des milliers d’histoires de souffrance et de résistance tracé à travers l’Amérique, l’Angleterre et la France.  La volonté de réunir leurs familles dispersées était une priorité absolue pour des générations d’Acadiens.  30 ans après la Déportation en 1785, les Acadiens exilés en France sont partis en masse pour rejoindre leur parenté en Louisiane.  N’importe où ils se trouvaient, en Louisiane, au Québec, en Haïti, en Nouvelle-Angleterre, en Angleterre, en France et même en Australie, les Acadiens ont tout fait pour rebâtir la société qui leur fut arrachée en 1755.  Ce qui explique le sentiment d’appartenance qui lie les descendants des Acadiens peu importe où qu’ils se trouvent aujourd’hui.

Ma première visite en Acadie était en 1975 à l’occasion du Frolic, une espèce de Woodstock version acadienne.  J’avais rencontré mon premier Acadien du Nord en Louisiane en 1973.  Il s’appelait Donald Doiron.  Il avait entendu parler du programme d’enseignement français en Louisiane et était descendu sur le pouce pour en faire partie.  À cette époque, personne en Louisiane n’avait une vraie idée de notre propre histoire.  L’histoire des Acadiens n’était pas enseignée dans les écoles et les peu de connaissances qu’on possédait était perdue dans un brouillard de mythologie lointain.  Nous savions que nos ancêtres ont été déportés de quelque part au Canada, mais c’était à peu près tout.  La culture acadienne en  Louisiane souffrait de mépris.  Mes grands parents ne parlaient pas l’anglais.  Mais la culture anglo-américaine est arrivé en Louisiane en force au début du 20e siècle emportant mes parents dans un raz-de-marée d’assimilation.  L’histoire qu’ils ont apprise était l’histoire américaine.  L’école passait sous silence l’histoire de toutes les minorités aux USA, non simplement les Cadiens, mais les autochtones et les africains aussi.  Dans ce contexte, les jeunes Cadiens n’imaginaient pas la possibilité de résister à leur propre américanisation.  Leur langue (française) et leur culture (cadienne) furent reléguées  à un statu de deuxième ordre.

Je suis allé au Nouveau-Brunswick la première fois, excité par l’idée que j’allais participer à la création d’une nouvelle société acadienne.  Les organisateurs du Frolic m’ont expliqué qu’en Acadie un « frolic » est une célébration que l’on organise suite à un travail communal.  Mais cette fois, plutôt que de bâtir une maison ou une grange, nous allions bâtir un pays.  Les communautés acadiennes du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île de Prince Edouard, et de Terreneuve souffraient du même mépris qu’en Louisiane.  Mais, au contraire des Acadiens de la Louisiane (Cadiens, Cajuns) les Acadiens du Nord ont maintenu leur identité ethnique et linguistique.  En Louisiane, un Cadien éduqué ou bien riche, pouvait s’intégrer dans l’élite anglo-américaine tout simplement en parlant l’anglais.  Il n’existait pas d’école de langue française pour permettre la formation d’une élite francophone.  Pour avancer dans la vie, pour s’instruire, il fallait (il faut) parler l’anglais.  Dans les provinces maritimes du Canada, bien que l’assimilation et le mépris des francophones existent, il existe aussi la possibilité de s’instruire en langue française. En Acadie du Nord, bien plus qu’en Louisiane, les cultures ethniques sont bien délimitées.  On est Anglais ou on est Acadien, point.  Tandis qu’en Louisiane, les Cadiens font partie d’un mélange, voire métissage qui comprend des éléments allemands, espagnols, irlandais, africains et même anglais.   Le mépris des Cadiens en Louisiane est basé sur leur ignorance, leur manque d’éducation.   En Acadie, par contre, le mépris des Acadiens comprend des éléments de racisme, Anglais-Français, Catholique-Protestant.

La première chose qui m’a frappé en arrivant au Nouveau-Brunswick était les similitudes des deux communautés.  D’abord tous les noms de famille sont les mêmes.  En plus les Acadiens et les Cadiens se ressemblent physiquement.   Malgré les 250 ans de séparation, les correspondances sont remarquables.  Les deux communautés sont rurales, la vie est liée à l’agriculture et la pêche.  Les traditions de familles sont très importantes, et la religion catholique a toujours une influence très présente.   Je me rappelle qu’après avoir joué au Frolic, une veille dame est venu me rencontrer.   Elle s’appelait LeBlanc, un nom très commun en Louisiane.  En plus elle ressemblait à ma propre grande mère.  Elle parlait avec l’accent du Nouveau-Brunswick.  Cet accent est assez différent de celui de la Louisiane, mais pour un Cadien, il est plus compréhensible que celui du Québec ou de la France.  En plus on partage le même vocabulaire, tiré du vieux français du 18e siècle.  Cette charmante femme aux cheveux gris et aux yeux pétillants vert-de-gris, m’a demandé si, en fait, il y avait des Acadiens en Louisiane.  Elle avait entendu dire qu’après le Grand Dérangement, certains Acadiens ont fini par s’établir là-bas.  Je lui ai répondu que oui, il y avait des Acadiens en Louisiane.  Ensuite, elle m’a posé plusieurs questions, des questions du genre que ma grande mère aurait posé :  est-ce qu’on était encore Catholique, qu’elle récolte est-ce qu’on plantait, comment était le climat?  Quand elle m’a quitté, elle m’a embrassé en me disant quelque chose que ma grande mère m’avait dit la dernière fois que je l’avais vu : «Que dieu te protège sur ton chemin et qu’Il te ramène sain et sauf chez vous. » Elle m’a quitté en disant :  « Je vais prier pour toi. »  C’est la même formule que partage les Acadiens depuis toujours.  Bien que je me trouvais à quelques milliers de kilomètres de chez moi, je savais que j’étais rentré chez nous.

Le Nouveau-Brunswick de 1975 était bien différent de celui d’aujourd’hui.  Les Congrès Mondial de 1994, de1999 et de 2004 ont soudé des liens entre des diverses communautés de la diaspora et ont renforcé la confiance des Acadiens du Nord.  En 1975, on nous a refusé le service dans un restaurant du fait qu’on parlait français.  Moi et mes amis avons eu des ennuis avec la police de Moncton parce que nous avons osé fêter la fête nationale, le 15 août, 1975.  Rhéal Drisdelle a passé la nuit en prison quand à cause de son insolence envers les policiers envoyés nous disperser (il faut quand même expliquer que nous étions un paquet de hippies révolutionnaires et que l’évènement a eu lieu à minuit).

Il m’est difficile d’expliquer mon sentiment identitaire acadien.  En Louisiane, les Cadiens sont assimilés au point qu’on peut se questionner sur leur avenir en tant que communauté ethnique.   Notre histoire est un bayou avec des méandres à ne plus finir, et elle est mélangée avec celle des Américains comme l’eau du Mississippi qui se verse dans le Golfe.  L’histoire des Acadiens du Nord est bien plus linéaire.  Ils ont gardé une notion d’ethnicité bien plus forte, grâce en grande partie à leur isolement.  Mais, malgré une multitude de divergences, il y a quelque chose qui nous lie, quelque chose qui dépasse le folklore.  C’est une chose  sentie.  C’est l’émotion qui m’envahie quand je pense à mes grands grands parents, souffrant dans les cales des bateaux qui les ont emmenés loin de leur Acadie, victimes de la haine de ceux qui les ont expulsés parce qu’ils ne pratiquaient pas la même religion, et ne parlaient pas la même langue.  C’est l’émotion qui m’inspire quand je pense à Beausoleil Broussard et à Pierre Richard qui ont préféré partir au large plutôt que de se plier devant un tyran.  C’est l’émotion qui me bouleverse quand je pense à Mme. LeBlanc de Cap Pelé et la prière qu’elle a fait pour mon voyage sauf. 

Je vais passer la Fête des Acadiens, le 15 août à Caraquet, Nouveau-Brunswick.  Il y aura des célébrations partout en Acadie et aussi loin qu’au Québec et en Louisiane.  Les fils et les filles des exilés vont se réunir pour commémorer la ténacité et le courage des Acadiens déportés et pour partager l’héritage d’espoir et d’amour qu’ils nous ont transmis.

Pour en savoir plus sur l’histoire des Acadiens de la Louisiane

Contre vents, contre marées  version française
Production Amérimage-Spectra, réalisé par Jean Bourbonnais
Documentaire d’une heure avec Zachary Richard
Prix Historia 2000
http://www.archambault.ca/store/Product.asp?mscssid=&sku=001356864&type=2

Festival Acadien de Caraquet
http://www.festivalacadien.ca

Grand Rassemblement des familles Acadiennes
17, 18, 19 août, 2007
Ville Saguenay, Québec
http://homepage.mac.com/gillo2/accueil/index.html
http://www.associationboudreau-lt-x.com

Acadian Memorial, St. Martinville, Louisiana
http://www.acadianmemorial.org


mis à jour le 4 juillet, 2007

Qu’est-ce que le français louisianais, et comment doit-on l’enseigner?   Voilà la question qui préoccupe les enseignants du français en Louisiane, ainsi que ceux qui espèrent pouvoir transmettre cet héritage à une prochaine génération.

Pour pouvoir s’adresser à la question, il faut tout d’abord comprendre l’évolution de l’enseignement de ses dernières quarante années.  Le Conseil pour le développement du français en Lousiane, le CODOFIL fut fondé en 1968.  C’était le projet d’un millionnaire louisianais, d’héritage créole, qui n’était pas francophone.  Il s’appelait Jimmie Domengeaux et sa perception du français allait avoir une influence profonde sur son enseignement.  Selon Jimmie,  le français cadien de Louisiane n’était pas du français du tout, mais du « petit nègre ».  On devait le remplacer par un français instruit, un français moderne, un « bon français ».  Bien que la langue française soit parlée en Louisiane depuis plus de 300 ans (trois cents ans), le français tel que parlait par des Cadiens étaient méprisées par l’élite locale.  Pendant ces 300 ans, la langue française cadienne a évolué vers une expression unique.  Basée sur le parler des Acadiens et donc enracinée dans le parler du 18e siècle de l’Ouest de la France, elle a subi les influences des : aborigènes, des espagnols, des africains, des irlandais, des anglais, des allemands, des américains....en fait de toute part, pour créer une langue riche en images, avec un style de syntaxe particulier, et une vocabulaire locale agrandie par une expérience profonde.  Mais, toute au long de l’histoire cadienne en Louisiane, la langue anglaise dominait de plus en plus. Au début du 20e siècle, ceux qui ne pouvaient pas parler l’anglais étaient considérés  comme des arriérés, non simplement par les Américains mais aussi par l’élite cadienne.

Le mépris des Cadiens de la part des Américains est une longue tradition.  Les premiers journalistes à pénétrer dans la prairie des Attakapas, lors de la guerre de sécession, décrivaient un peuple paresseux et ignorant, voir des brutes.  Les deux communautés, anglo et franco, en Louisiane ne se côtoyaient pas.  Elles avaient deux visions quasi-incompatibles du monde.  Les Cadiens voyaient les Américains comme des gens avars, dont il fallait se méfier. Ils n’avaient pas l’ambition débridée caractéristique de la culture anglo-américaine.  De leur côté, les Américains ne comprenaient pas les Cadiens.  Ils les voyaient comme des gens sans discipline. Les Cadiens semblaient satisfaits de relativement peu de bien matériels.  Ils espéraient nourrir leurs familles et avoir du bon temps, sans plus.  Les deux communautés vivaient côte à côte, mais jusqu’au début du 20e siècle, elles étaient isolées l’une de l’autre.  Mais au début du siècle, les choses ont bousculé. Avec l’intrusion de la culture américaine et surtout avec la création du système d’éducation publique en 1917, la culture cadienne a connu un « ghettoisation ».   Les Cadiens se trouvaient de plus en plus en marge de la société et leur langue de plus en plus méprisée.

En 1900 on estime que 85% de la population du Sud de la Louisiane était monolingue francophone.  Aujourd’hui il n’existe pas de statistique exacte, mais on peut parler d’une chute catastrophique du nombre de francophones actuellement.   La génération née dans les années 20 et 30 s’éclipse et avec elle partent les derniers Cadiens pour qui la langue française est leur première langue.  Même avant cette catastrophe démographique, il existait une pression sur la langue encore plus destructrice :  le manque de prestige.  De plus en plus au long du siècle dernier, la culture cadienne et la langue française ont été associées à l’ignorance et à la pauvreté.   La génération de mes parents, pour qui la langue française était leur langue maternelle, a été confronté, dès l’arrivée à l’école (anglophone),  à un déchirement :  la langue dont parlaient leurs parents étaient, du point de vue de la société officielle, un problème à éradiquer.  Le français était relégué à une position de deuxième zone, parlé en famille, ou dans certaines situation sociales.  Mais dès qu’on souhaitait devenir « sérieux » ça se passait en anglais.

Arrive 1968 :  Les Cadiens francophones (les « Cajuns » dont je fais partie) faisaient face à une assimilation quasi-complète.  Le français n’était parlée que par les vieux et les allumés (comme moi), une langue reléguée à l’oublie.  Il n’avait aucune valeur.  Aucune.  Pour passer en justice ou aller à l’hôpital fallait parler anglais.  Depuis plusieurs  générations, nous avons compris qu’il faut parler anglais si nous voulions « get ahead ».  Donc, les avocats, les médecins parlaient anglais (même ceux qui s’appelaient Melançon et Broussard). 

Dans cette situation « fin du monde » Jimmie Domangeaux, un riche avocat, décide de fonder le CODOFIL.  Sa motivation restera inconnue (ambition personnelle, dévouement à la culture, arrogance de l’élite?) , mais chose certaine, Jimmie a emmené la cause française à l’ordre du jour dans ce pays où la langue française était relégué à un statu moindre.  Mais Jimmie n’était pas francophone.  Il avait un certain mépris pour les « Cajuns », (les Cadiens, c’est à dire les gens comme  mes grands-parents, derniers monolingues francophones de la Louisiane).  Ce qu’il souhaitait, c’était de restaurer un français mythique.  Autrement dit le français « Français » le français « parisien », c’est à dire le français que personne ne parlait chez nous.

Alors conflit :  entre la langue que parlait encore la moitié de la population du Sud-ouest de la Louisiane et un français mythique proposé par un avocat anglophone d’héritage créole (l’élite franco-espagnol).  Pour Jimmie Domangeaux ainsi que pour l’élite louisianaise, « Cajun » était synonyme d’ignorance et de pauvreté.  Donc, si on devait enseigner le français il fallait qu’il soit le « bon » français.  Ambitieux programme.  Erreur aussi, car on installait une barrière entre notre parler et le soi-disant « bon » français.  Le culture cadienne souffrait d’un tel mépris que c’était inimaginable que la langue des Cadiens soit autre chose qu’une espèce d’aberration linguistique.  On ne pouvait pas imaginer que le français que l’on parlait était tout simplement un français typé.  Unique, certes, mais du français pareil.

En même temps que la société, d’une façon générale, accordait aucune valeur à la langue française cadienne, une partie de l’élite estimait qu’elle était exceptionnelle.  Pour certains, le parler cadien était non simplement un parler unique, mais une langue à part entière. En même temps qu’on méprisait la langue, on l’idéalisait, créant un mythe autour la culture, une espèce de « noble Cajun » à la Jean-Jacques Rousseau. Selon Monseigneur Jules Daigle dans son « Dictionnaire de la langue cadienne »  (Dictionary of the Cajun language) :  « Chaque langue a son origine particulière.  Le « Cajun » n’est pas du mauvais français.  Ce n’est pas un dialecte du français, mais c’est une langue à part entière au même titre que l’italien, l’espagnol et le français.  Chacune de  ses langues est unique.  Chacune est distincte de leur racine commune, le latin.  Tout comme le « Cajun » est distincte de sa racine, le français. »  Ridicule.

Cette mythification de la langue  a rendu l’enseignement du français en Lousiane problématique.  On a commencé par exiger qu’on enseigne le « Cajun » plutôt que le « Français de France. »  Les parents des élèves se méfiaient du CODOFIL et de son patron.  L’enseignement du français en Louisiane était à l’époque et reste encore aujourd’hui entre les mains des coopérants français, belges, africains, martiniquais, québécois, etc. Les enseignants ne parlant pas avec l’accent des Cadiens et ils utilisent des expressions d’ailleurs.  Les parents des étudiants (la génération non-francophone) se demandaient à quoi bon.  Pourtant les jeunes étudiants réussissent facilement à communiquer avec leurs grands-parents, malgré les différences d’accent et de syntaxe. La meilleure façon pour que les jeunes puissent intégrer les spécificités du parler cadien, c’est en parlant avec les vieux.  Par contre, les parents des élèves, confondus par l’accent des enseignants, ont tendance à imaginer que le français que l’on enseigne à leurs enfants n’est pas le français d’ici.  Nous n’avons pas compris que notre français, bien qu’il soit très typé, n’est pas une langue à part.  Les enseignants font un effort particulier d’intégrer des éléments du parler cadien dans l’enseignement, mais la résistance au « français international » persiste.  Nous sommes prisonniers de notre propre mythologie.

Selon le dictionnaire Robert, une langue est un système de communication commun à un groupe social.  Selon cette définition, les Cadiens font parti du groupe francophone.  Malgré les différences de vocabulaire, de style de syntaxe et d’accent, le français parlé dans la paroisse Vermilion est le même que celui du Poitou, de la Martinique ou du Senégal.  Avec suffisamment de temps pour apprivoiser les différences superficielles, un Cadien arrivera à comprendre n’importe quel francophone de n’importe quel pays.  Le français louisianais n’est pas une langue à part, mais c’est tout simplement le français que nous parlons en Louisiane.  Avec nos particularités linguistiques, et nos propres expressions, mais à la base ce n’est ni plus ni moins que du français.  Cependant, à cause d’une mythologie ethnocentrique, nous restons convaincus que nous sommes et pouvons rester à part.  Erreur grave.  L’avenir de la francophonie louisianaise est attaché irrévocablement à la francophonie internationale.  Il faut que nous comprenons, une fois pour tout, que nous faisons partie de la grande famille francophone, et que notre survie dépend sur la possibilité d’y participer pleinement.

À la fin de sa carrière, Jimmie Domengeaux a eu une espèce de révélation.  En 1980, nous avons publié, grâce à un éditeur québécois un recueil de poésie comprenant une dizaine de poètes cadiens et créoles, « Cris sur le bayou ».  C’est  Barry Ancelet, maintenant directeur du département des langues étrangères à l’Université de Louisiane à Lafayette, (et poète, écrivant sous le pseudonyme de Jean Arceneaux) qui a présenté une copie du livre à Jimmie Domengeaux.  C’est à ce moment-là que Jimmie a compris que le français cadien n’était pas un dialecte de deuxième zone, une espèce de langue délabrée et décadente, mais une langue vivante digne de respect.  Jimmy avait enfin compris que le français cadien était une expression linguistique digne de transmission.  Si l’on pouvait l’écrire, on pouvait l’enseigner.  Grâce à ce livre, Jimmy a révisé sa perception de la langue française de Louisiane.  Mais en quelque sorte, c’était trop tard.  Le mal était fait.  Le mythe qu’il avait aidé à promulguer, que le français cadien et le français « français » étaient disparates voir méconnaissables, était ancré dans la mentalité des Cadiens.  On voyait notre langue soit comme une dégénération pernicieuse ou bien comme une expression mythique et noble.  Les deux idées sont erronés.  La question qu’on doit se poser maintenant est comment faire pour le sauver dans la situation actuelle?

Nous avons réussi, d’une certaine façon, à dépasser le « complexe d’infériorité » qui reléguait la langue cadienne à la deuxième zone.  Par contre, nous n’avons pas encore compris que notre culture fait partie de la francophonie internationale et que sa survie en dépend.  La francophonie internationale est une corde tressée.  Notre culture est une des tresses de cette corde multicolore. Il faut que l’on  arrête d’imaginer qu’on puisse garder la langue et la culture figée dans un mythe du passé.  Sinon, la culture cadienne divaguera vers le folklore, dernière étape avant sa disparition.


mis à jour le 6 juin, 2007

Je ne me souviens pas de l’année, c’était 1965 ou 1966.  Chaque nuit je me laissais bercer par la radio, KAAY, 50,000 watts, diffusée de Little Rock, Arkansas.  Une nuit, parmi les sons habituels du New Orleans Rhythm and Blues, ou bien de la Soul Music, est apparue une chanson comme je n’en avais jamais entendue.  C’était « Yesterday » des Beatles.  J’étais tellement excité, que le lendemain j’ai écrit à ma cousine à New York.  Elle était un contact très important, mon antenne culturelle personnelle.  Elle habitait à la frontière de la modernité, ayant accès aux nouveaux courants, aux choses qui n’allaient pas pénétrer ma Louisiane reculée pour des mois voire des années.  Elle avait entendu la même chanson et ç’avait eu le même effet sur elle.   Cet épisode marquait un tournant personnel, mais je n’étais pas le seul à l’expérimenter.  Du jour au lendemain, tout le monde voulait jouer dans un « Band ».  Ce désir, non simplement de faire de la musique, mais surtout de faire partie d’un groupe de rock, nous serrait comme un python.

Chez moi, le rêve s’est réalisé dans le garage de mes parents.  Avec quelques amis, ceux qui possédaient des instruments de musique, j’ai formé un groupe.  On répétait tous les samedis après-midi.  Je n’ai jamais su exactement ce que pensaient les voisins de notre enthousiasme bruyant.  Cependant je peux imaginer les conversions qu’ils tenaient en buvant leur café dans leurs cuisines de formica.   « Mon dieu, ça commence encore.  Quand vont-ils arrêter ?  Ce n’est pas de la musique, ce n’est rien que du bruit!etc. »
      
J’avais (j’ai encore) un cousin lointain, plus jeune que moi.  Dans notre monde d’adolescents, la différence d’âge nous séparait comme le mur de Berlin.  Bien qu’il n’ait que six de moins que moi, c’aurait pu être cent.  Mais il possédait un talent qui lui a permis de pénétrer dans notre cercle exclusif.  Il jouait de la guitare.  Il connaissait plusieurs accords et pouvait jouer « Satisfaction » bien avant n’importe qui de notre entourage.  Malgré sa jeunesse relative, il dominait notre petite société, et cela parce qu’il possédait une guitare et pouvait la jouer.
      
Le groupe avec lequel je passais tous mes samedis, mon « band » n’a jamais réussi à faire plus qu’agacer les voisins.  On s’est dissous sans jamais avoir jouer un « gig ».  Mais je me suis consolé assez vite.  En plus de regarder Paul Revere and the Raiders sur American Bandstand, j’ai pu soulager ma déception en allant chez mon cousin, le guitariste.  Dorénavant je répétais avec lui seul.  Ensemble on s’imaginait les Rolling Stones, lui avec sa nouvelle Gibson SG double cut-away flambant rouge, et moi qui chantais. 
      
J’ai passé à travers mes années de « high school » comme un somnambule.  Les fins de semaines, je sortais pour écouter les groupes locaux inspirés par la British invasion avec des noms comme Isoceles Popcicle, des pantalons « bell bottom » et des cheveux qui passaient par-dessus leurs oreilles.  Finissant le lycée, moi et mon cousin nous nous sommes séparés, lui à Baton Rouge, et moi à Nouvelle-Orléans.  On se rencontrait les « week-ends » pour jouer les pièces de Crosby, Stills and Nash.  Il me semblait que mes jours de chanteur de groupe étaient finis. Mais je sentais toujours au fond de mon cœur ce désir brûlant de jouer la musique.  A l’université, je me suis consacrer à fumer de la dope et à protester contre la guerre du Viet Nam.  J’ai trouvé plusieurs âmes sœurs, et nous avons formé un groupe, cette fois-ci avec un nom : Toby’s Uncle.  On jouait une espèce de blues hybride influencé par Paul Butterfield.
      
En 1970, j’ai eu la chance de quitter les Etats-Unis.  Je dis bien la chance parce que je pense que si j’y étais resté, ç’aurait mal tourné.  Beaucoup de mes amis ont fini en exil au Canada, en prison, ou mort.  En traversant l’Atlantique au bord du Queen Elisabeth II, j’ai composé ma première chanson, une ballade romantique intitulée « Blues at Sea Blue ».  Du coup, je suis passé de simple chanteur à auteur-compositeur-interprète.  Mais je rêvais toujours de jouer dans un groupe de musiciens. Il n’y a rien de tel que de chanter dans un groupe pour connaître la magie de la musique.
      
Après mes études, j’ai connu une brève période pendant laquelle je portais une cravate et je travaillais dans un bureau.  Mon père m’avait trouvé un poste de fonctionnaire dans l’espoir de me voir enfin devenir sérieux.  Ç’a duré deux semaines.  Je suis parti à New York, pour jouer ma Gibson J-45 dans les rues.  En peu de temps, j’avais obtenu un contrat d’artiste avec une grande maison de disques, chose qui n’a rien donné finalement.  L’année suivante, 1973, je faisais ma première tournée française, accompagné de mon cousin, le guitariste.  Nous formons un duo néo-Cajun folk-rock américain chantant parfois en français.  Dès notre retour en Louisiane, il était évident que nous n’avions aucune chance de faire une carrière dans les salles de danse jouant à deux, ce qui fait que nous avons formé le premier groupe Cajun-rock, le Bayou Drifter Band.  J’ai glissé dans cette entreprise comme un chasseur de canards dans son manteau camouflé un matin d’hiver.  J’avais besoin de m’entourer de musiciens pour me sentir à l’aise.  Basse, batterie, guitare. 
      
Quelque part dans le brouillard des années 70, nous avons réussi à réanimer la musique traditionnelle française de la Louisiane.  Accompagné de Roy Harrington à la basse, Jody Larivière à la batterie, Mike Doucet (mon cousin) à la guitare et Bessyl Duhon au violon, j’ai eu une brève et presque glorieuse carrière dans les salles de danse.  Nous n’avons pas pu résister trop longtemps.  Nous étions trop traditionnels pour les jeunes et pas assez pour les vieux, perdus dans un no-man’s land entre les générations.  C’était quinze ans avant que la musique cadienne ne devienne à la mode.  Mais par chance ou destin, au printemps de 1974, nous avons joué au carnaval de Québec.  La combinaison de la langue française et les jolies Québécoises fut impossible à résister.  J’ai abandonné ma carrière d’animateur de salles de danse louisianaises et j’ai suivi l’aurore boréale.
      
Bien que sa carrière ait été de très courte durée, j’ai de très grands souvenirs du Bayou Drifter Band, surtout  du Festival Acadien de 1975 à Lafayette pendant lequel j’ai chanté « Réveille » pour la première fois, devant un public qui ne comprenait rien.   Mais notre carrière était distinguée surtout par sa difficulté.  Nous avions répété pour des mois de temps, luttant contre vents et marées pour rester ensemble.  Il y avait suffisamment d’engagements pour nous garder ensemble pour un an : une série d’engagements dans les salles de danse locales, à Jay’s Lounge à Cankton, et chez Antler’s à Lafayette, avant de partir au Québec au début de 1974.  Mais le « gig » dont je me souviens le plus était un bal de réveillon à Ville Platte.  C’était une fête organisée par Jack Miller.  Jack Miller est légendaire en Louisiane.  Dans un pays où l’on attache beaucoup d’importance à la cuisine, la sauce barbeque de Jack Miller est la meilleure.  En fait c’est la meilleure sauce barbeque au monde.  C’était pour nous un grand honneur de pouvoir jouer à la fête de Monsieur Jack.  Je me souviens l’avoir rencontré.  Il était un peu chauve, pourtant une veste éclatante.   Il marmonnait sous l’influence d’un whiskey de trop.  Ce dont je me souviens surtout c’est la route de retour.  Au milieu de la nuit tels des hiboux errants, nous coupions à travers la prairie louisianaise.  J’étais aux anges, le paradis des musiciens.  Mes amis à mes côtés, le moteur camion du camion qui ronronnait, on fumait des pétards et se racontait des blagues, riant comme des fous.  C’était la première de plusieurs milliers de soirées passées de cette façon, rentrant à l’aube, épuisé de fatigue, mais heureux.  Heureux de faire quelque chose que j’aime tant.  Heureux d’avoir chanté pour les gens.  Aimant la vie et partageant la joie de la musique avec ceux et celles qui aiment à leur tour écouter, danser et sentir.


mis à jour le 2 mai, 2007

Autour du monde il semble y avoir une tendance centriste politique qui s’accentue.  On abandonne les extrémités pour rejoindre le centre.  Les Democrats ont repris le pouvoir du Congrès américain dans un élan anti-Bush et anti-Iraq.  Le Parti Québécois, qui a dominé le paysage politique de la province depuis une génération, est en désarroi.  Les ennemis réligio-politiques d’Irlande du Nord semble avoir trouvé un modus vivendi.  En France, l’élection présidentielle actuelle se distingue de la précédente par son aspect classique.  Plutôt que de voir Jacques Chirac en face du nationaliste d’extrême droite, Jean-Marie LePen, cette fois, on a deux candidats qui représentent les partis politiques traditionnels.  Dans un monde assailli par les catastrophes écologiques ainsi que par la menace terroriste, les gens cherchent la stabilité.  Cette recherche se manifeste par l’importance croissante des partis centristes.  Ce qui donne, en France, une influence considérable à François Bayrou.  L’élection française est un conflit orthodoxe entre la gauche et la droite.  Mais ce qui me frappe c’est l’importance du centre.  L’homme du milieu, François Bayrou est devenu l’homme de l’heure.  Malgré son refus de ne soutenir aucun candidat, il reste une force incontournable.

Dans les élections actuelles, l’homme de droite, Nicolas Sarkozy est connu surtout pour son langage dur lancé pendant les émeutes de 2005.  Son adversaire, Ségolène Royal, est celle qui a redonné l’espoir au parti de Mitterrand humilié par la débâcle de 2001.  Le Parti Socialiste prêche la politique d’inclusion.  En plus son candidat(e) est une femme et serait la première présidente française.  Dans un pays où la haute couture est « big business » ce n’est pas à négliger.
       . 
Que ça soit le petit bulldog Sarkozy or la diaphane Mme. Royal qui remporte la victoire, les défis pour le prochain président (Madame la présidente?) de la 5e république seront :

  1. faire rebondir l’économie moribonde, et
  2. intégrer les minorités maghrébines et africaines.

Deux faces du même jetant.  La  prospérité économique ne résoudra pas le problème d’une minorité défranchie, mais elle la diminuera certainement.  Sans une économie prospère, la France se trouvera devant un conflit de classe dont le symbole est la banlieue parisienne en flammes.  Si le gouvernement réussit à donner aux jeunes démunis (africains pour la plupart) l’espoir, le pays pourra connaître une génération de tranquillité relative.  Comment intégrer la minorité (maghrébine, musulmane, africaine) est la question.  La politique d’intégration à la base du message socialiste est en contraste absolue avec l’attitude répressive de Sarkozy.  Les Français ne veulent plus voir la banlieue brûler, mais est-ce qu’ils sont prêts à donner le pouvoir à Sarko pour autant?

Les Français désirent la stabilité et une économie qui assure la sécurité de tous, la possibilité de travailler.  Beaucoup veulent se débarrasser du fardeau des grèves qui semblent faire partie de la vie en France telles les saisons.  Cette inquiétude sert Sarkozy.  Mais la relation entre la France et ses syndicats est fort complexe, et le modèle américain tel que proposé par Sarko va à l’encontre de plusieurs générations d’évolution sociale. 

Comme l’été suit le printemps, les syndicats attendent la rentrée (on ne fait pas la grève pendant les vacances) pour foutre la pagaille (ou de revendiquer ces revendications légitimes dépendant son point de vue).  C’était très curieux de voir Bernard Thibault de la CGT accorder une place importante dans la campagne pour la candidature de Paris aux prochains Jeux Olympiques.  Il faisait partie du film présenté au comité pour assurer à tout le monde que si les Jeux avaient lieu à Paris, il n’y aurait pas de grèves.  C’était admettre qu’il pourrais y en avoir.  L’effet sur le comité a probablement était à l’opposé de ce que l’on souhaitait.  L’importance que cela a eu dans la décision ultime (d’aller à Londres), on ne saura jamais, mais il me semble assez étrange que l’apparition de M. Thibault ait été considérée comme un élément de persuasion.  Étrange.

Dans les élections actuelles, la France est prise entre deux
feux.  D’un côté, son image de société humaine qui promet  l’opportunité pour tous, et de l’autre côté l’image d’un pays fort et fier, d’une puissance mondiale.  Rappelez vous Napoléon, l’Algérie, le Vietnam?  Peut-être que c’est une caricature absurde, mais il me semble qu’une partie de la société française n’a jamais accepté sa défaite aux mains des Prussiens en 1871. La guerre Franco-Allemande fut la preuve que la France n’était plus celle de Louis XIV.  En dépit de la perte de son empire colonial, et malgré son infériorité militaire lors des deux guerres mondiales, une partie de la France refuse d’accepter un statu inférieur, et ça aussi ça sert Sarkozy.

L’aspect du caractère français le plus critiqué par les Anglo-Américains est son arrogance dont Charles de Gaulle est probablement le plus grand symbole.  Sa façon de se conduire en égal par rapport aux États-Unis et à l’Angleterre semblait absurde à tous sauf aux Français.  Dans cet esprit de fierté gauloise, le moment le plus glorieux de la présidence de Jacques Chirac était quand il a tenu tête à George W. Bush sur la question de l’invasion de l’Iraq.   Enfin la France a pu manifester son orgueil national bien que cet orgueil n’ait eu aucun effet sur l’invasion d’Iraq par les Américains.  

Malgré sa gloire un peu ternie, parmi les pays du premier monde, c’est la France qui donne le meilleur exemple d’une société tolérante.  Cette tradition sert la candidature de Ségolène Royal.  La tolérance de la société française se distingue nettement de la culture américaine qui me semble en comparaison réactionnaire et fermée.   Même le Parti Communiste, qui n’a peu ou pas d’influence réelle, a réussi à lancer un candidat au premier tour.  Où dans le monde trouve-t-on un Altermondialiste (José Bové) au scrutin?  En France tous ceux qui obtiennent la signature de 500 maires se trouvent au premier tour.   Et chacun d’entre eux a droit à la même visibilité télévisuelle, à la seconde près.   Ce qui fait que Frédéric Nihous, le candidat de chasse et pêche, son chien fidèle toujours à ses côtés, a reçu autant de secondes à la télévision lors du premier tour que les candidats des partis majeurs.  On peut considérer que c’est plutôt distrayant de donner aux candidats marginaux la même couverture médiatique que les candidats majeurs, mais pour ma part, je préfère et de beaucoup ce système comparé au système américain où l’argent devient le seul critère de viabilité d’une candidature politique.  Avec le léchage de cul et la corruption que ça entraîne.
      

La présidentielle 2007, est une confrontation classique.  Petit bulldog enragé capable de taper sur la table versus la belle soeur qu’on aurait tous aimé avoir.  Par contre, on ne sait pas trop ce qu’elle fera comme présidente.  Son programme économique est gauchiste, un atout dans un pays où tout le monde attend du gouvernement que l’on s’occupe d’eux du berceau jusqu’à la fosse.  Voici une autre excentricité du caractère français : la tendance à imaginer que le gouvernement peut et doit solutionner tous les problèmes de tout le monde.  C’est pourtant vrai qu’un gouvernement doit aider ses citoyens, mais, d’une façon générale, les Français ont tendance à attendre bien plus que les Américainsqui sont plus autosuffisants vis-à-vis de leur gouvernement (Katrina nous a rappelé de ne pas trop attendre du gouvernement fédéral). Dans ce sens, le programme de Sarkozy va à l’encontre de l’évolution sociale française.  Il propose une révision de la société sur une base d’initiative privée en libérant les forces du marché.  Cette proposition ne passe pas aussi facilement que celle de la répression des voyous.  Elle met en question le filet de sauvetage social que les Français prennent pour acquis.  Marcher sur une corde raide sans filet avec les Américains et les Chinois qui la secouent.
      
C’était en novembre 1976.  J’étais à Paris pour enregistrer un album quand la merde a pris.  Ça a commencé avec les cheminots.  Ils faisaient la grève pour réclamer la retraite à 50 ans (c’est dur sur les rails).  Chaque jour, ça me prenait entre 2 à 4 heures pour arriver au studio plutôt que les 40 minutes habituelles.  Pendant les premiers jours, je prenais les stoppeurs (il y en avait des milliers, le transport en commun ne fonctionnait plus).  Après quelques jours, j’ai arrêté de les prendre.  D’abord, ils n’arrêtaient pas de parler, et ensuite, ils n’avaient qu’un seul sujet de conversation : la grève.  Ils étaient tous solidaires des grévistes.  « Ils ont raison » on disait.  Malgré le fait qu’ils (les stoppeurs) nageaient dans la merde à cause des grévistes, ils les soutenaient.
      
Il y a dans la société française un courant de sympathie profond pour les défranchis.  Ainsi qu’une vision utopiste de la société.  C’est bien plus subtile que ça (les Communistes et le Front National trouvent une place là-dedans aussi), mais cette sensibilité typiquement française et la solidarité ouvrière de plusieurs, voir la plupart des Français rend cette élection particulièrement intéressante.  Le roi Bourbon contre la Révolution.  À bas le roi.  Vive le roi.  À bas les caleçons.  Vive les caleçons.

L’ultime drame politique gauche-droite avec l’homme du milieu, François Bayrou jouant son propre jeu.  Pendant que j’écris ses lignes, une semaine avant l’élection, les deux candidats le courtisent ardemment.  Sarkozy a offert des postes ministériels aux membres du parti de Bayrou.  Ségolène a laissé entendre qu’elle nommera Bayrou premier ministre. 

Entre temps, Bayrou garde ses propres conseils.  Il est évidemment en train de préparer les prochaines élections.  Il a dit que Sarkozy aggravera les problèmes de démocratie et l’effilochement de la société française.  Concernant la candidate socialiste, il a dit qu’elle aggravera les problèmes économiques.  Il n’y a que lui pour bien gérer tout ça.  La politique classique.   À bas le roi. À bas les culottes.  Et que le meilleur ou la meilleure gagne.  Vive la France.
      
      

mis à jour le 4 avril, 2007

Le 15 novembre, 1976 dans un tsunami émotionnel, le Parti Québécois a été propulsé au pouvoir lors des élections provinciales.  Le mandat du parti était sans équivoque : un référendum sur la question de la souveraineté.  Les rues de Montréal grouillaient de monde.  L’ambiance était euphorique.  Pour beaucoup qui avaient voté pour le Parti Québécois, c’était la surprise.  On avait voté PQ sans vraiment croire que René Lévesque pouvait gagner.  Cette nuit fraîche d’automne, dans les rues de Montréal, c’était l’extase.  Le Parti Québécois avait pris 71 sièges, suffisamment pour former un gouvernement majoritaire.  Avec un taux de participation parmi les plus élevés de l’histoire moderne, 41,4% de l’électorat soutenait un parti politique dont la mission était de séparer la province de Québec du reste du Canada.  Pour beaucoup de Québécois ainsi que pour un Cadien (moi) parmi eux, il semblait que le rêve d’un état francophone et souverain en Amérique du Nord était devenu non simplement possible, mais imminent.
      
Fidèle à ses promesses, le Parti Québécois a tenu un référendum en 1980.  Le résultat fut une déception amère pour René Lévesque.  Seulement 40% de l’électorat soutenait la proposition de redéfinir la relation entre le Québec et le reste du Canada selon une base assez mal définie qu’on appelait « l’Association Souveraine » et qui se définissait comme étant la relation entre deux états souverains.
      
En 1985, René Lévesque s’est retiré de l’arène politique, usé par des années de lutte acharnée et deux paquets de cigarettes par jour.  Il allait mourir deux ans plus tard.  L’image que je retiens de lui est de son discours suite à la défaite du référendum de1980.  Épuisé, il ne semblait ni triste, ni abattu.  Il y avait une étincelle coquine dans ses yeux quand il a dit : « Si je vous ai bien compris, vous me dites : à la prochaine ». Cette remarque a provoqué une réaction fulgurante de la part de la foule énorme.  Maintes étaient ceux et celles qui pleuraient ouvertement.
      
Lors des élections provinciales de 1985, Pierre-Marc Johnson, l’héritier de Lévesque, a perdu face au Libéraux.  Suivaient plusieurs années de mandat Libéral.  Après presque 10 ans dans le désert, le Parti Québécois est retourné au pouvoir en 1984.  Sous la direction de Jacques Parizeau, on est passé rapidement à un référendum.  Le scrutin fut incroyablement serré :  49,5% pour le Oui contre 51,5% pour le Non.  Dans un discours distingué par sa maladresse, Parizeau a blâmé « l’argent et le vote ethnique. »  Ces remarques ont condamné le chef du Parti Québécois à l’exil.  Pourtant, elles avaient un fond de vérité.  Le vote francophone a été favorable à la séparation par une majorité écrasante.  De l’autre côté du spectre politique, le vote anglophone y était contre à plus de 90%.  En plus, dans une campagne de légalité douteuse, les forces du « Non » avait organisé des démonstrations massives à Montréal, emmenant des milliers de Canadiens au frais des partis politiques pro-canadiens.  Leur slogan « We love you Québec » était condescendant et choquant pour la plupart de Québécois. 
      
Malgré sa défaite référendaire, le Parti Québécois a maintenu le pouvoir jusqu’en 2003 quand les Libéraux, sous la direction de Jean Charest, ont repris le pouvoir.  La politique du Québec depuis ces dernières trente années est défini par un va-et-vient de la ferveur séparatiste.  L’élection de 2007 a brisé la moule.  Ça semble être un évènement majeur dans l’histoire politique récente du Québec et pose un défi considérable pour le Parti Québécois qui en est le perdant évident.
      
Il me semble que, politiquement parlant, il existe trois types de Québécois, chacun faisant à peu près le tiers de l’électorat :  séparatiste, fédéraliste, et ceux qui sont tiraillés entre les deux.  C’est la coalescence de ce troisième élément politique en un parti alternatif qui est le développement déterminant des élections de 2007.  Pour la première fois depuis une génération, un nouveau parti politique est arrivé comme une force considérable sur la scène québécoise :  l’Action Démocratique du Québec, avec à sa tête Mario Dumont.
      
La plateforme de l’ADQ est conservatrice. Elle propose de défendre les « valeurs de famille », de protéger les intérêts de la « classe moyenne », et des vieux.  Ce qui est à la base de son attraction, cependant, est que l’ADQ propose une alternative à la lutte incessante pro-séparation/anti-séparation qui définie la politique québécoise depuis une génération.  Le message de l’électorat est clair.  On souffre d’un « burn-out » de souveraineté. Ce qui préoccupe les Québécois n’est pas la création d’un état indépendant, mais la santé, l’éducation et l’économie.  En plus l’ADQ était capable d’exploité une réaction négative de la part des régions contre la soi-disant domination de la culture québécoise par l’intelligentsia montréalaise. 

Un fait incontournable de la vie au Québec est l’exode des régions vers la ville.  Les jeunes abandonnent les coins ruraux en faveur de la métropole à la recherche de travail.  Mario Dumont a pu se présenter comme le champion des régions en difficulté, en plus des vieux, des valeurs de la famille, de la classe moyenne, autrement dit des « abandonnés » de la société, de ceux et celles qui souffrent d’insécurité.  C’est-à-dire de quasiment tout le monde.  Son succès électoral est basé sur le fait qu’il a su se présenter comme un alternatif à la lutte sisyphéanne entre les forces séparatistes et les forces fédéralistes, dont les électeurs en ont évidemment marre.
      
La question pour le Parti Québécois et les souverainistes maintenant est comment se positionner à l’avenir face à ses résultats désastreux.  Il est important de comprendre que l’élection de 2007 est distinguée par un taux de participation parmi les plus faibles dans l’histoire moderne du Québec.  Parmi une population connue par son engagement civique, le taux de participation était seulement de 70%.  30% des électeurs n’ont pas voté, autant de monde qu’ont voté pour le Parti Québécois.  Comment expliquer le déclin de ce parti politique qui domine le Québec depuis une génération.  Les raisons sont nombreuses, mais commençons avec la plus évidente :  l’idée d’un état souverain ne résonne plus avec les Québécois.  Le Parti Québécois est victime de sa propre ambiguïté.
      
Une chose qui m’a frappé lors de la campagne récente était l’affichage du Parti Québécois.  Il y en avait des rouges qui parlaient de santé, des oranges qui parlaient d’éducation, des verts pour l’environnement.  En dehors de Montréal, il y en avait des bleus qui parlaient de « développement régional ».  Pourtant, il n’avait aucune affiche qui parlait de référendum ni de souveraineté.   Il me semblait que le Parti Québécois était déchiré entre sa mission principale (l’établissement d’un état) et le manque de résonance de cette mission à l’intérieur de la population générale. 
      
Ça pris seulement quelques jours après le scrutin pour qu’André Boisclair, chef controversé du Parti Québécois, admet la défaillance du parti.  À la radio de Radio Canada, je l’ai entendu dire qu’il sera préférable d’éliminer l’idée du référendum de la plateforme du Parti Québécois.  La question devient, donc, que représente le PQ?  L’existence de ce parti est basée sur la présomption que les intérêts de tous les Québécois seront mieux servis par un état souverain.  En enlevant la question référendaire de son plateforme, le Parti Québécois admet que sa raison d’être n’existe plus.
      
Selon Louise Beaudoin, ex-ministre péquiste, 45% des Québécois sont en faveur d’un état souverain.  Comment donc expliquer la différence entre ce chiffre est le pourcentage des voteurs qui ont soutenu le Parti Québécois (moins de 30%).  Le Parti Québécois est connu pour manger ses chefs.  Lucien Bouchard et Bernard Landry, tous les deux des premiers ministres populaires, n’ont pas été capable de maintenir le contrôle du parti.  Suite à la défaite de 2003, le parti voulait se renouveler.  Il a donc choisi un jeune, André Boisclair, pour être son chef.  Boisclair s’est révélé inefficace, et ses jours sont comptés.
      
Mais au-delà de la question du chef, la question à se poser est s’il y a un avenir pour un parti politique avoué à la séparation au Québec?  Ou est-ce que le Parti Québécois sera obligé de se transformer en parti de gauche plutôt générique pour pouvoir survivre.  À travers le monde, la notion de séparation politique résonne de moins en moins.  En Ireland du Nord, en Espagne, ainsi qu’au Québec, dans des régions où les mouvements séparatistes ont longtemps eu un soutien populaire, il semble que la mouvance sécessionniste est en déclin.
      
La motivation pour la séparation politique est souvent sentimentale.  Le mouvement séparatiste du Québec en est la preuve.  La volonté de se séparer du Canada était en grande partie le résultat d’un sentiment d’oppression économique et culturelle de la part des « Canadiens français » face aux Anglo-Canadiens.  Jusqu’à la « révolution tranquille » des années 60s, la langue et la culture françaises ont été méprisées au Canada, reléguées à un statu de deuxième zone.  Le sentiment d’oppression, de la part des Québécois, était un élément important du succès du Parti Québécois lors de ses origines.  Le sentiment de pouvoir qui découlait de l’idée d’un état souverain francophone était le mulet qui tirait le wagon du Parti Québécois.  Mais les sentiments changent, et apparemment ont changés.
      
La loi 101, adopté dans les premiers jours de la prise du pouvoir du PQ en 1977, a établi la domination de la langue française au Québec. Pendant les dernières décennies, les Québécois francophones ont pris le contrôle de l’économie québécoise avec de plus en plus d’assurance.  Le succès de Bombardier, du Cirque du Soleil et de Céline Dion sert d’exemple pour les entrepreneurs québécois.  Le sentiment d’oppression qui prévalait il y a une génération a cédé la place à la confiance.  Ce sentiment ne fait plus partie du paysage politique de la même façon.  Et l’émotion exhilarante des années 1970 a disparu aussi. 
      
Mario Dumont, chef de l’Action Démocratique du Québec est dans sa trentaine.  Il a grandi dans un Québec où l’on prend pour acquis les aspects culturels garantis par la loi 101.  Il n’est pas pour autant un fédéraliste canadien.  Mais il a réussi à se positionner quelque part au milieu du débat souverain.  Il revendique quelque chose qu’il appelle « l ‘autonomie ».  Il évite la question d’un référendum.  Par contre, il prend soin de souligner son engagement à protéger les « intérêts du Québec » mais, sous entendu, dans le contexte de la Confédération Canadienne.  Cette position lui met en accord avec la plupart des Québécois.  En dépit des critiques de son parti comme étant un « one man show » et la raclée qu’il a reçu à Tout le Monde en parle (émission de télévision ultra-populaire) au mains de la journaliste Chantal Hébert, il sort le grand gagnant des élections. Lors des élections de 2003, l’ADQ a obtenu 18% des votes et 4 sièges.  En 2007, il reçoit 31% et 41 sièges.  Est-ce un phénomène de passage où le début d’un changement fondamental au paysage politique du Québec? Seulement le temps nous dira.
      
Tant qu’au Parti Québécois et le mouvement de souveraineté, il est évident que le vent souffle dans l’autre sens.  Est-ce un phénomène de passage ou une question de leadership? Est-ce que le sentiment politique changera de nouveau en faveur de la séparation dans les années à venir, où est-ce que les élections de 2007 marquera la fin du rêve d’un état francophone indépendant en Amérique du Nord.  Restez à l’écoute.

History of the Quebec sovereignty movement
Politics of Quebec
Une vision. Un plan. Une parole.
Notre vision | Le Parti Québécois


mis à jour le 27 février, 2007


Bonjour, et bienvenue à mon site renouvelé. Je suis heureux de vous proposer deux nouveaux projets : un nouvel album, Lumière dans le noir, ainsi qu’un nouveau conte, l’Histoire de Télésphore et ‘Tit Edvard dans le grand nord, publié en collaboration avec ma fille Sarah qui a fait les illustrations fabuleuses. Pour mes amis de longue date, vous allez découvrir plusieurs nouveaux éléments sur ce site. Tout d’abord une section de téléchargement (downloads) bien plus importante qu’auparavant. Vous allez trouver des clips et des interviews qui couvrent quasiment ma carrière au complet. (Ne riez pas trop des images des années 80; heureusement les
styles ont changé). Également, dans la section téléchargement, je suis fier de pouvoir vous présenter une description de plusieurs chansons du nouvel album. J’espère que ces introductions vont approfondir votre plaisir d’écoute.

Dès le mois prochain, je vais recommencer mon rapport mensuel. Pour ceux et celles qui connaissent ce site, vous allez pouvoir renouer avec mes commentaires. Pour vous qui le découvrez, le rapport mensuel est un commentaire personnel sur divers sujets, offerts dans l’espoir de faire mieux comprendre le monde dans lequel je vis. Si vous êtes nouvellement
arrivés, vous pouvez consulter les archives, rangées par année (en haut à gauche de cette page).

Je voudrais reconnaître le beau travail de plusieurs personnes. Premièrement le webmaistre Scott Long à qui on doit l’élégance de ce site. Ensuite, Megan Barra, le graphiste du nouvel album qui a servi d’inspiration pour ce « layout ». Et enfin les photographes Dirk W. de Jong et Kent
Hutslar
à qui on doit les photos. J’espère que vous apprécierez autant que moi.

Merci de votre soutien, Zachary.