
mis à jour le 7 juillet, 2010
Par où commencer? Par la fuite, qui continue à déverser des centaines de milliers de litres de pétrole brut dans le Golfe à chaque jour. Il m’est difficile à comprendre qu’on n’arrive pas à colmater la brèche. Au début de la catastrophe on entendait parler d’une option militaire. Il y avait même un commandeur de sous-marin retraité qui a dit à la radio nationale qu’on pouvait boucher le trou en utilisant des armes conventionnelles. Depuis on entend plus parler. J’imagine que le président Obama en a entendu parler aussi. Est-ce vraiment possible? Qui sait? Peut être Obama, mais il semble parti sur un stratège qui donne la priorité à la question de responsabilité civile. Il semble satisfait d’assurer que la British Petroleum assume la responsabilité financière de l’effort de nettoyage.
La BP a déclaré à plusieurs reprises, tout comme Obama, que les communautés du Golfe affectées par le désastre seront « rendu entières » (made whole). Ni l’un ni l’autre est crédible.
Le déboursement des sommes promises aux pêcheurs par la BP sera une procédure longue est frustrante. Ils sont maintenant sans emploi, sans ressources et particulièrement mal équipés pour confronter le labyrinthe bureaucratique des réclamations. On a vu une situation semblable après Katrina où ça pris plus de quatre ans avant que les sinistrés ont commencés à recevoir de l’aide financière du gouvernement. Il est certain, que malgré les assurances du contraire, la BP va résister le paiement des dommages à chaque étape du processus. Elle déclare avoir déjà dépensé plus de 3 milliards de dollars, mais dans cette somme sont incluses les dépenses des dispersants toxiques ainsi que les coûts des deux puits de forages dits de « relief ». La somme moyenne des paiements aux pêcheurs est d’environ $2000..
L’effort de nettoyage est mal coordonné et dans certains instants va faire plus de mal que de bien. La BP persiste à utiliser le dispersant Corexit dont un des composants est un composant de l’anti-gel. La raison pour l’utilisation de cette substance que les scientifiques estiment plus de 4 fois plus toxique que le pétrole, est un souci d’image. Il est mieux pour la BP d’envoyer le pétrole au fond du Golfe grâce aux dispersants, que de le voir arriver en nappe sur la côte. La EPA (Agence de Protection de l’Environnement) continue à permettre son utilisation. Ceci est la preuve d’une politique fédérale confuse et contradictoire. Il s’agit d’examiner les déclarations de la U.S. Fish and Wildlife Service (Pêche et Faune) pour comprendre l’incapacité du gouvernement fédéral à créer une politique cohérente. Selon elle, dans un rapport publié en 2007, le forage en eau profonde ne représentait qu’un danger minime à la faune et la flore. Ses estimés ont été basés sur une fuite de 1000 à 15,000 barils, un chiffre grotesquement en dessous des centaines de milliers de barils qui se déversent dans le Golfe. Voilà pour la capacité du gouvernement de prévoir et prévenir à un accident de forage en eau profonde.
L’effort de protection de l’État de la Louisiane est aussi inefficace. Malgré les avis de la communauté scientifique, le gouverneur Bobby Jindal procède avec un projet qui est controversé mais politiquement payant. Il s’agit de renforcer les îles barrières (au large du littoral) en construisant des levées de sable, les berms. Bien que les scientifiques sont extrêmement sceptiques, politiquement c’est très positif pour le gouverneur aux ambitions nationales. Il a même déclaré que si le gouvernement fédérale ne voulait pas l’aider, il allait monter sur un bulldozer lui même. Dans une situation où rien ne semble marcher, Jindal réussit à se distinguer avec une image pro-active. Le problème est que les berms en question risquent de détruire la balance écologique des marécages déjà fragilisée. En bloquant les courants naturels et en empêchant l’action des marées, le projet risque de détruire les marais qu’il est censé protéger.
L’absurdité de ce projet est particulièrement évidente dans le sud-ouest de la Louisiane, là où la menace de la marée noire est encore relativement faible. Un berm de 8 miles de long (12 kilomètres) a été construit au large de Rutherford Beach dans la paroisse Cameron. Les habitants de cette région l’appellent « l’affiche politique la plus longue du monde ». Il était complètement détruit par la marée de l’ouragan Alex. Le coût de l’opération reste inconnu pour le moment. Il est aussi inconnu si l’on va tenter de le reconstruire.
Dans ce panier de crabes d’incompétence, d’avarice et de manipulation politique est-ce qu’il existe une lumière au bout du tunnel? Pendant que les équipes de « nettoyage » détruisent les colonies de sternes sur Grande Isle et que les pélicans le Queen Bess s’étouffent sous le pétrole, est-ce qu’il y a une raison pour espérer? Le président américain se dit engagé à transformer la politique énergétique des USA, mais est-ce qu’il sera capable de contrer les intérêts bien financés de l’industrie pétrolière? Le Deepwater Horizon était enregistré aux Iles Marshall, permettant son propriétaire, Tranocean, à réduire considérablement ses taxes américaines. Cette compagnie du Texas a déménagé son bureau chef aux Iles Cayman en 1999 et ensuite en Suisse en 2008. L’industrie pétrolière est très largement subventionnée par les lois sur l’impôt américain. Il existe des exemptions d’impôt à quasiment chaque étape du procès d’exploration et d’exploitation.
La politique énergétique des USA est pétro-centrique, et il sera fort difficile de changer cet état des choses. Tant qu’il n’existe pas une motivation véritable, le consommateur ne changera pas son comportement, et cette motivation ne peut être basée que sur le prix relatif. Pour l’instant l’énergie solaire est 10 fois plus coûteuse que le charbon, par exemple. Tant que cette situation ne changera pas, il est illusoire d’imaginer un politique énergétique qui est basée sur autre chose que le pétrole. Pour tout son rhétorique pro-vert, Obama ne fait rien pour changer cette réalité. Par contre, l’industrie pétrolière continue à bénéficier des exemptions de taxes et s’installe hors du pays pour réduire ses impôts.
S’il y a raison pour espérer, il est que cette catastrophe provoquera éventuellement une réévaluation de la politique énergétique. Le National Resources Defense Council travaille sur un projet de loi qui s’adresse à la catastrophe actuelle, va réduire la consommation du pétrole, et imposera un plafond d’émission d’hydrocarbures en promouvant de l’énergie verte. Le processus sera long et laborieux et résisté à chaque étape par l’industrie pétrolière.
Les lois maritimes s’adressant aux océans ont besoin criant de réforme. Pour l’instant il existe plus de 140 lois différentes et 20 agences du gouvernement qui sont chargées de veiller sur les océans. Le Mineral Management Service doit être complètement restructuré pour servir les intérêts des citoyens et non les intérêts des compagnies de pétrole. Bien que c’est extrêmement critiqué en Louisiane, je soutien le moratoire sur l’exploration en eau profonde. Les ouvriers mis en chômage par le moratoire doivent êtres compensés par la BP, mais tant que nous n’avons pas réussi à garantir une sécurité absolue des puits de forage, il est irresponsable de continuer comme si rien n’a eu lieu. La BP opère une autre plateforme dans le Golfe, l’Atlantis, qui est l’objet d’une critique sévère de la part d’un ex-ingénieur de la compagnie. On ne peut pas permettre l’exploration en eau profonde de continuer sans la certitude absolue qu’un désastre du style du Deepwater est impossible.
Les lois existantes doivent êtres reformés. Ni la MMS, ni aucune compagnie de pétrole a obtenu les permis requis par la loi fédérale sous le Marine Mammal Protection Act pour des milliers de puits de forage. Ces permis sont indispensables parce qu’ils exigent que les compagnies de pétrole prennent toutes les mesures nécessaires pour réduire la possibilité d’impacte négatif sur les mammifères aquatiques du Golfe. Mais jusqu’à date, c’est le renard qui fut chargé de veiller sur le poulailler. L’industrie pétrolière bénéficie d’un statu spéciale qui le permet d’influencer et même d’échapper aux règlements. Ceci doit cesser absolument.
Mon espoir est que cette catastrophe environnementale, sociale et économique pour les communautés du Golfe du Mexique provoquera une révision de la politique énergétique. Sinon les souffrances des hommes et des animaux seront en vain.
mis à jour le 2 juin, 2010
Dans les premiers jours après le début de la tragédie du Deepwater Horizon, j’ai été en désarroi, cherchant un moyen d’aider. J’ai décidé de descendre à Venice, au bout du Mississippi où il se jette dans le Golfe avec l’intention de nettoyer les oiseaux souillés par le pétrole.
J’ai été obligé de changer mes plans en face de la réalité. D’abord il n’y avait pas d’oiseaux à nettoyer à cette époque (à date, on a nettoyé que 62) et en plus la BP contrôle absolument tous les efforts de nettoyage. Pour y travailler, il faut obtenir un certificat HAZMAT (matériaux hasardeux) et se faire engager par la BP. Pour pouvoir nettoyer les oiseaux, je devais suivre un entraînement dont l’école le plus proche est à Houston (3 heures de voiture). Le nettoyage d’une fuite de pétrole est un travail dangereux. Ceci présente des risques importants de santé. Tout le monde à qui j’ai demandé conseil m’a suggéré la même chose, de laisser le travail de nettoyage aux professionnels. Finalement, j’ai dû me ranger.
J’ai appris de mon ami Martin Billeaud que sa soeur Valérie a suivi le cours HAZMAT à Venice. Martin est l’aîné d’une famille de 17 enfants. Je ne sais pas où se trouve Valérie dans l’ordre, mais je connais bien la famille. Ils sont tous assez osés dans la vie, dû probablement aux leçons appris en se défendant contre 16 frères et soeurs. Je l’ai contacté partageant avec elle mon désire de faire quelque chose.
Elle a été un des rares volontaires à se présenter au programme HAZMAT. L’entraînement dure une journée et consiste à apprendre comment manipuler des matériaux toxiques et de regarder des vidéos troublants d’animaux en détresse. Quand elle est retourné chercher son certificat, elle s’est fait refuser. L’agent de sécurité l’a bousculé, la poussant violemment la barrant la porte. Seul ceux qui ont suivi le cours ont été admis. L’agent ne lui a pas cru quand elle lui a expliqué qu’elle faisait partie. Peut-être à cause de l’appareil photo qu’elle portait.
Effectivement, Valérie ne ressemblait pas aux autres dont la plupart , voire tous sont des pêcheurs. Il n’y avait pas de femmes. Valérie est dans la quarantaine, plutôt bon chic bon genre, mère de 3 enfants. Elle est cependant un pêcheur expérimenté en kayak et la gagnante de plusieurs compétitions. Elle n’a pas froid aux yeux. Elle est retourné plus tard pour chercher son certificat et elle l’a obtenu. Grâce à son aplomb, elle a gagné le respect des pêcheurs, et est devenu leur allié. Je suis convaincu qu’il n’y a personne qui comprend leur situation mieux qu’elle au moins dans la paroisse Plaquemine. Elle sait qui a besoin d’aide maintenant et qui risque d’en avoir besoin plus tard.
Nos conversations pendant les premiers jours de la catastrophe nous ont fait comprendre que la meilleure façon pour venir en aide ne sera pas de se faire engager par la BP et de mettre sa santé à risque. (La semaine passée, 7 ouvriers ont été hospitalisés ayant eu des réactions violentes soit au benzine qui flotte sur la nappe de pétrole ou au dispersant chimique, Corexit, qui est extrêmement toxique.) Nous avons décidé que le focus de nos efforts sera de conscientiser les gens et de trouver des fonds pour venir en aide au pêcheurs et à leurs familles touchées par le sinistre. Il y en a beaucoup qui sont complètement abandonnés. À la veille de l’ouverture de la saison, ils ont vu leur avenir sombrer dans une mare de pétrole. Qu’une minorité a été embauchée par la BP. Ce sont les autres que nous espérons aider.
Pour qu’on puisse agir efficacement, Valérie et moi avons besoin d’un allié capable d’organiser une fondation rapidement et de la faire fonctionner. On a fait appel à son cousin, Todd Mouton. Je connais Todd depuis longtemps. C’est un homme sensible et compétant et très actif dans l’action communautaire. Et voilà comment GULF AID ACADIANA fut fondé. Trois personnes qui sont outrés et attristés par la fuite du Deepwater Horizon. Cette catastrophe aura un impact terrible sur notre communauté. La côte louisianaise, son écologie, son économie, ses populations de faune et de flore ainsi que la communauté humaine qui en dépend vont souffrir pour longtemps.
Nous avons décidé de travailler pour conscientiser et pour venir en aide. Je ne suis pas certains comment nous allons obtenir nos objectifs. Personne n’a d’expérience avec une telle situation. Nous sommes obligés d’improviser continuellement. Ce projet est crée de notre désire sincère d’aider les gens du littoral faire face à ce défi énorme et de restaurer le santé de marécages.
Un mot sur notre structure financier : Pour pouvoir répondre aussi rapidement et efficacement que possible, Gulf Aid of Acadiana sera administré par la Community Foundation of Acadiana qui retiendra 1% des contributions pour le service. 99% des fonds collectés seront distribués selon des résolutions du conseil d’administration de Gulf Aid of Acadiana. Nous cherchons à collaborer avec tout organisme voué au secours des communautés du Golfe touchées par la catastrophe. Notre priorité sera la région d’Acadiana, c’est à dire de la Baie Barataria vers l’ouest. Cependant notre mission nous permet de travailler à la restauration des communautés et de l’environnement naturel tout au long du littoral.
Aidez nous si vous pouvez.
mis à jour le 5 mai, 2010
Je vous ai promis que j’arrêterais de râler. Plus de critiques des OGMs ou autres ( en passant : La Commission Européenne vient d’autoriser l’utilisation des organismes génétiquement modifiés sur son territoire. Elle estime, que les profits des sociétés multinationales sont plus importants que la santé de ses citoyens. Pour signer la pétition: http://www.greenpeace.org/international/campaigns/genetic-engineering/take-action/EU-Petition
Depuis le début de l’année, je vous propose de la poésie dans le but de calmer les esprits et de répandre un peu de beauté dans ce bas-monde. Mais avec la catastrophe du Deepwater Horizon, j’enlève mes gants. Il y a des centaines de milliers de litres de pétrole qui giclent dans le Golfe du Mexique à tous les jours. Les habitants de la côte, moi avec, se préparent pour le pire. Il n’y a aucun doute que l’impact de cette catastrophe sera gigantesque et de longue durée. La question ultime est est-ce que l’écosystème et les communautés humaines qui en dépendent vont pouvoir survivre.
Plusieurs questions vont déterminer l’ampleur de la catastrophe, mais la plus importante reste le temps nécessaire pour arrêter la fuite. La possibilité de rétablir une balance écologique est directement liée à la capacité de la « marsh grass »,ce que nous appelons les roseaux, de résister à une intrusion de produit toxique : le pétrole. Ce sont les roseaux qui tissent les marais et qui maintiennent la santé du système entier.
Selon Denise Reed, directrice de l’Institut Ponchartrain des Sciences Environnementales à l’University de New Orleans, « les marais ont une capacité naturelle d’absorber une nappe de pétrole. Le problème est que les marais du Sud de la Louisiane sont terriblement stressés. Il est possible que la résistance des marais au pétrole n’est pas suffisante. »
Le littoral de la Louisiane s’érode au rythme effrayant de plus de 40 kilomètres carrés par an. Pendant les années 1980 quand l’érosion fut à son comble, c’était le double. Depuis les années 1930, 6.500 kilomètres carrés du littoral ont disparus. L’érosion est causée par deux facteurs. Après l’inondation de 1927 (la plus grande catastrophe naturelle de l’histoire des USA), l’Armée américaine a construit une digue tout au long du Mississippi. Il y a toujours eu des digues le long du fleuve depuis le début de la colonisation française au 18e siècle, mais il n’y a jamais eu une digue aussi massive tout au long du fleuve. Depuis les années 1930, les inondations printanières n’existent plus, l’eau du fleuve retenue dans une camisole de force. Les alluvions ne pénètrent plus dans les marais, mais se déposent au milieu du Golfe.
L’autre coupable d’érosion est le système de chenaux de navigation et de canaux d’exploration pétrolière qui permettent à l’eau salée de pénétrer dans les marais avec en conséquence la mort des roseaux.
L’impact de l’industrie pétrolière sur l’écologie de la Louisiane est épouvantable. Depuis les années 1940, plus de 12.000 kilomètres de canaux ont été creusés. La largeur du canal ne représente pas un grand problème. Cependant, l’excavation des canaux met en branle une suite d’évènements néfastes. Les rives des canaux sont éventuellement érodées par les vagues des bateaux. En 10 ans, la largeur du canal peut doubler. Les levées qui bordent le canal, créé avec la terre creusée, empêchent l’égout naturel, entassant une partie du marais, inondant l’autre. L’eau salée du Golfe s’introduit via le canal. L’herbe (roseau) est tuée par le sel, la racine meurt, la terre est dissoute et le marais disparaît cédant la place à l’eau.
Une étude récente par le United States Geological Survey explique un phénomène associé. Les puits de forage soustraient des milliards de litres de sels et minéraux dans le sous sol des marécages, ce qui occasionne l’effondrement du marais. Choisissez votre poison : intrusion saline ou extraction souterrain. L’effet est le même : la mort du marais.
Les chiffres sont astronomiques. En plus des chenaux de navigation dans la zone côtière, il existe plus de 8000 miles (12.000 kilomètres) de canaux d’exploration pétrolière. Toutes les études scientifiques prouvent que l’effet de l’activité de l’industrie pétrolière est la cause principale de l’érosion côtière. Elle est plus importante que l’effet d’étranglement des digues, et est la cause principale d’érosion à 90% dans certaines zones d’activité aiguë.
Dans les années 1930 et 1940, la politique louisianaise a trouvé une entente avec l’industrie pétrolière. Contre une partie des profits, on a donné carte blanche aux compagnies. Depuis plus d’un demi-siècle, l’industrie pétrolière procède sans contrainte. Le pétrole est la poule aux oeufs d’or. Mais les beaux jours semblent se tiraient à leur fin. Nos enfants vont payer le prix de cette politique de laissez-faire.
On aurait pu exigeait que les canaux soient remplis une fois l’exploitation terminée. On aurait pu exigeait que la terre creusée soit éparpillée à la place de l’empiler sur les rives des canaux. On aurait pu exigeait que l’accès aux sites de forages soit assuré par des véhicules « over-marsh » qui existent depuis des décennies, plutôt que par voie marine. On aurait pu, on aurait pu. Mais nous n’avons pas.
La Louisiane aurait pu avoir une industrie pétrolière robuste ET un marais sain. Ceci aurait obligé les compagnies pétrolières d’assumer la responsabilité de la réparation des dégâts qu’elles ont causés. Mais il y a un éléphant dans les salons du pouvoir en Louisiane, et il s’appelle Shell, Exxon ou BP, et on tremble à la pensée de le déranger. L'éléphant résiste tout ce qui touche à ses profits éléphantesques. L’industrie pétrolière est tellement puissante politiquement qu’il est impensable de la contrarier. Aucun politicien Louisianais n’oserait proposer que les compagnies pétrolières réparent les dommages qu’elles ont créés. Et pourtant......
Il reste à voir maintenant si le marais est en mesure de résister à cette nouvelle attaque que lui lance le pétrole.
L’ouragan Katrina fut un tocsin brutal. Depuis 2005, on a fait un effort considérable de contrer les effets de l’érosion du littoral. Dans certaines zones, le résultat fut assez prometteur. Cependant, cette nouvelle catastrophe risque d’être insurmontable.
Selon Garret Graves, responsable de la Louisiana Coastal Protection and Restoration Authority, « C’est la végétation qui lie ces îles ensemble. Si on tue l’herbe, il ne reste que de la boue, et elle se dissout par la suite. »
Sunset on Louisianne, the sun going down on the promised land,
I’ve given you everything I can, I’ve got nothing left to lose.
Pour l'instant, il n'y a pas beaucoup à faire sauf prier le miracle. Les efforts de protection et de nettoyage sont contrôlés absolument par BP. On n'accepte pas de bénévole. Pour y participer il faut obtenir un certificat HAZMAT (manipulation matériaux hazardeux). Le travail est dangereux. Sur la nappe de pétrole flotte une couche de benzine dont les vapeurs sont toxique, un risque sérieux sur une mer agitée.
L'organisme le plus sérieux dans la lutte pour la sauvegarde du littoral est la Coalition to Restore Coastal Louisiana. Vous pouvez vous inscrire comme volontaire ou faire un don:
http://crcl.org/
mis à jour le 6 avril, 2010
Le rapport du mois passé a commencé par: Encore un tremblement de terre. Je commence ce texte avec la même phrase. Même phénomène, différente latitude. Cette fois ci, c'est en Californie. On dirait que la terre veut se débarasser de nous, comme un vieux chien envahi de puces. Elle secoue, elle gratte, mais on est toujours là. Pour avril, j'ai choisi un poème écrit en 2002 lors d'un malheur local. Un promoteur peu scrupuleux à réussi à bâtir un condominium sur le dernier escarpement du massif du Mont Réal, malgré le fait que ceci allait détruire la dernière zone forestière d'Outremont (nord Montréal) et faire des refugiés de tous les oiseux et les petits mammifères qui y habitaient. Selon les reglements de la ville, cette construction était complètement illégale. Moi et quelques résidents sommes enchaînés aux arbres pour le bonheur des journalistes, criant haut et fort pour tous ceux qui voulaient l'entendre que cet acte était barbare et perfide. Apparement ceci ne touchait personne, du moins les dirigeants politiques de la ville. Voilà le pouvoir de l'argent. Le bâtiment fut construit et un magnifique petit paradis terrestre détruit pour toujours. Un beau matin, une vingtaine de bûcherons sont arrivés pour coupé le boisé. Avant midi, tous les arbres étaient à terre. Ce poème fut écrit quelques jours plus tard.
L'espoir
Dans le terrain vague
Trois jours après que
Les scies mécaniques
Ont semé la catastrophe,
Des escargots commencent
À reclamer la terre.
mis à jour le 2 mars, 2010
Encore un tremblement de terre et une communauté désemparée (Chili). Mais comme le disait si bien Thédore Monod, une fois que l'homme est disparu, la nature continuera. Malgré les contusions écologiques, la migration de plusieurs espèces perdurent. Bien que les hirondelles ne sont plus au retour chez nous depuis quelques années maintenant, je continue à espérer qu'elles reviendront un beau jour. Voici le poème du mois de mars.
L'hiver est revenu
L’hiver est revenu
après deux ans
d’avoir disparu,
Chassé par le vent sec
que les Mexicains
appellent “l’enfant”.
Cette année, secoués par le froid
on s’assoit au près
de la cheminée
Comme deux vieux chiens,
naufragés au large de la saison,
attrapant chaque brin de
Chaleur au carlet de nos espérances,
respirant la boucane en passant.
Chance qu’on a du bois sec,
un peu trop sec,
cordé depuis
Tous ces hivers timides.
Il est pourri sous l’écorce,
envahi de punaises endormies
et de cafards antiques.
Il brûle trop vite,
mais donne une belle flamme,
comme le fait ma vie.
Dans la savane,
un épervier de prairie
fonce sur sa proie.
Un coup de mort rapide,
il se file entre les arbres,
traquant une paruline à terre,
Sa tête couleur de brun foncée
sortie de l’herbe brunie
comme un bouchon sur la mer.
Une volée de tchoques traverse
le ciel bleu claire
m’aspirant dans le vide
Crée par des milliers d’ailes,
leur frémissement dérangé
par les cris des corneilles.
Je me promène entre les rangs
de planes encore sans feuilles,
les chênes et les magnolias
Ardents de vert, clignotant au loin
comme les phares du printemps approchant,
les mésanges faisant
Leurs sauts énervés dans les branches.
Dans le haut ciel, j’entends les hurlements aigus
des oies couleur de neige.
Vers l’ouest vol une tourterelle solitaire
et vers le sud
une aigrette neigeuse.
mis à jour le 2 février, 2010
Chers amis, voici le deuxième poème dans la série. Les photos que vous allez trouver sur la page d'acceuil sont de mon cru, prises sur mon terrain en Louisiane. Celle de ce mois-ce est d'une moucherolle phébi. Il prend domicile hivernal chez nous depuis plusieurs années, arrivant en décembre, partant en mars. Il est très sympathique comme sujet, restant posé sur sa branche pendant de longs moments. Voici le poème du mois qui s'intitule:
Première tempête du printemps
Le vent du Nord,
une rivière en torrent,
les gros flocons
Comme tant de navires
en dérive.
Le dernier coup
d’un hiver forcené,
première tempête
D’un printemps sans timon
sans moyen de tarir
cette neige
Qui tombe à l'horizontale.
Ça commençait dans la nuit et toute la journée, il neigeait sans répit. La niege ne tombait pas à la verticale, mais sur le côté, propulsée à grande vitesse par le vent. 23 mars, 2001. Outre le Mont
mis à jour le 6 janvier, 2010
Chers amis, depuis huit ans je vous propose ce rapport mensuel. J’ai commencé à l’écrire pour partager ma vision des choses. J’ai traité de tout ce qui me concerne : l’environnement naturel, la question d’identité minoritaire, la question linguistique, la résistance à l’injustice, la défense des démunis, la politique louisianaise, française, américaine et québécoise. Dans ce début d’année, je me demandais ce que je pouvais vous proposer, surtout que mon point de vue est assez bien connu grâce à ce rapport. Alors, m’est venu l’idée d’essayer d’améliorer les choses d’une façon plus directe. Fini les râleries contre les OGMs, les conservateurs, les profiteurs, les maringouins et les Républicains. Cette année, le rapport du mois sera un poème, en fait, deux poèmes car je vais publier en anglais et en français sans traduction. J’espère ainsi de répandre un peu de beauté dans ce monde. Je vais tenter de respecter les saisons un peu dans l’esprit de l’haiku japonais. Mais je vais surtout essayer de suivre l’inspiration d’une façon aimable.
J’espère que vous allez apprécier. Le premier poème s’intitule :
Les oies chantent dans le noir
Brouillard si épais
que même les aigrettes
ne paraissent pas.
Toute la journée
le ciel s’est assis sur la terre
avec ses grosses fesses mouillées,
Confondant vision par molécule gris
suspendu dans l’air,
le monde caché derrière
Un rideau de brume.
Mais dans le crachin
on entend les oies
davantage.
On les entend toute la soirée,
leurs cris transperçant
la nuit.
Guidés seulement
par la mélodie farouche
du passage.
La nuit, les lumières reflétées de la ville donnent un aspect surréel aux nuages bas du ciel qui n’est plus ciel mais gombo de grisaille dans lequel on nage.
Aux Chênes du Marais
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